Croissance à deux chiffres : le rêve gabonais face au réalisme de la Banque mondiale

Alors que le gouvernement d’Oligui Nguema affiche l’ambition de porter la croissance économique au-delà de 10 % dans les prochaines années, la Banque mondiale vient doucher cet élan volontariste. Dans sa Note de conjoncture économique du Gabon 2025, l’institution prévoit une croissance beaucoup plus modérée, autour de 2,4 % d’ici 2027, en l’absence de réformes de fond.
Dans un contexte international encore marqué par l’instabilité des échanges et la volatilité des cours des matières premières, la Banque mondiale reste prudente. Si elle reconnaît le potentiel structurel du pays, elle alerte sur les vulnérabilités internes persistantes et la lenteur des transformations économiques. Une mise en garde claire : sans changement de cap, le Gabon risque une stagnation prolongée.
Des ressources, mais peu de transformation
Selon la Banque mondiale, les maigres perspectives de croissance prévues pour les trois prochaines années reposeront essentiellement sur l’exploitation minière, le bois et l’agriculture. Des secteurs porteurs, certes, mais encore insuffisamment transformés localement pour irriguer l’ensemble de l’économie.
Quant au pétrole, autrefois pilier de la croissance gabonaise, il est désormais en déclin structurel. Maturité des champs, baisse des prix, transition énergétique mondiale… Autant de signaux faibles devenus évidents, que le rapport qualifie de freins majeurs à moyen terme.
Un cap de réformes encore flou
La Banque mondiale insiste : sans réformes économiques profondes, la croissance gabonaise restera trop lente pour résorber durablement la pauvreté, qui touche encore plus de 30 % de la population selon les dernières estimations.
L’institution de Bretton Woods en appelle à une diversification réelle, passant par la transformation locale des richesses minières (manganèse, fer), une montée en gamme de la filière bois, et un développement soutenu de l’agriculture commerciale. En somme, un changement de paradigme économique plus qu’un simple ajustement budgétaire.
Entre ambition nationale et contraintes structurelles
Le contraste est saisissant entre le discours gouvernemental, misant sur une croissance à deux chiffres dès 2026, et les prévisions prudentes des bailleurs internationaux. Ce décalage interroge sur la cohérence entre ambition politique, capacités d’exécution et environnement réel des affaires.
Alors que le Gabon Economic Forum a réaffirmé une volonté de rupture avec les schémas anciens, l’heure est à la concrétisation. Pour tenir le pari des 10 %, il faudra plus que des annonces : des réformes audacieuses, un climat des affaires plus compétitif, et une discipline budgétaire soutenue.
GMT TV