Port-Gentil : pénurie de carburant, disparition du poisson…le paradoxe d’une ville côtière
Depuis plus d’un mois, Port-Gentil fait face à une pénurie persistante de carburant, entraînant une raréfaction inquiétante du poisson sur les marchés. Une situation jugée incompréhensible dans une ville côtière et pétrolière, qui soulève de nombreuses interrogations sur la gestion des circuits d’approvisionnement.
À Port-Gentil, capitale économique du Gabon, la crise prend une tournure aussi inattendue que préoccupante. Selon le quotidien L’Union du 3 avril 2026, « depuis plus d’un mois […] les stations-service de Port-Gentil ne sont pas ravitaillées en pétrole », une situation dont les causes restent floues.
Quand la pénurie de carburant paralyse la pêche
Conséquence directe de cette rupture d’approvisionnement : l’arrêt quasi total de l’activité halieutique. « L’une des conséquences est l’absence de poisson dans les marchés de la cité de l’or noir », souligne L’Union. En cause, la dépendance des pêcheurs au carburant pour alimenter les moteurs hors-bord.
Dans les principaux marchés de la ville, de La Balise à Grand-Village, « les étals sont désespérément vides », plongeant vendeuses et consommateurs dans l’incompréhension. Le poisson, pourtant ressource naturelle abondante dans cette zone côtière, devient rare, voire inaccessible.
Une crise sociale silencieuse mais profonde
Au-delà de la simple pénurie, c’est toute une chaîne économique qui se retrouve paralysée. Les mareyeuses, privées de leur principale activité, « tentent une nouvelle conversion » en vendant des produits de substitution comme le manioc ou les légumes. Les écailleurs de poisson, eux, se disent « désemparés » face à la perte de leurs revenus.
Sur le terrain, les signes de cette crise sont visibles : « des dizaines de filets de pêche » restent inutilisés sur les quais, tandis que seuls quelques pêcheurs, contraints de ramer, parviennent à ramener « des quantités négligeables vendues à prix d’or ».
Un paradoxe qui interroge la gouvernance
Comment expliquer qu’une ville côtière, disposant d’un accès direct à la ressource halieutique, puisse connaître une telle pénurie de poisson ? Comment une capitale pétrolière peut-elle, dans le même temps, manquer de carburant ?
Ce double paradoxe met en lumière des défaillances structurelles dans la gestion des approvisionnements. L’Union évoque d’ailleurs « le silence coupable des pouvoirs publics sur une situation […] incompréhensible dans la capitale économique ».
En l’absence de communication officielle claire, les populations restent livrées à elles-mêmes, tandis que la crise s’enracine. Cette situation pose, en filigrane, la question de la souveraineté économique et logistique du Gabon, dans des secteurs pourtant stratégiques.
À Port-Gentil, l’équation est désormais limpide : sans carburant, pas de pêche. Mais au-delà, c’est toute l’organisation des circuits de distribution qui apparaît défaillante, dans une ville où, paradoxalement, mer et pétrole coexistent sans garantir l’essentiel.










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