Législatives 2025 : Bilie-By-Nze, une opposition en quête d’espace face à un pouvoir verrouillé

Dans un entretien à Jeune Afrique le 27 août 2025, Alain-Claude Bilie-By-Nze a livré une charge frontale contre le président Brice Clotaire Oligui Nguema et son gouvernement, qu’il accuse d’être « sans cap et sans boussole ». Derrière cette critique, se dessine la stratégie d’un opposant qui cherche à transformer son rôle de deuxième homme de la présidentielle en force politique crédible pour les législatives.
Une critique frontale du pouvoir présidentiel. À quelques semaines des élections, l’ancien Premier ministre a choisi de frapper fort. Dénonçant « un gouvernement qui ressemble en tous points à celui du précédent régime », Bilie-By-Nze accuse le chef de l’État de concentrer tous les pouvoirs et d’étouffer l’initiative gouvernementale. « L’action est parasitée par des interventions permanentes du cabinet présidentiel », a-t-il martelé, allant jusqu’à qualifier la nouvelle Constitution de « légalisation de la mal-gouvernance ».
Ce réquisitoire vise à installer dans l’opinion l’idée d’un pouvoir qui, malgré ses promesses de rupture, reproduit les logiques du système Bongo. C’est aussi une manière pour Bilie-By-Nze de se placer comme la voix principale de l’opposition républicaine, face à des partis fragmentés et à des candidatures indépendantes encore peu structurées.
Santé, éducation, vie chère : les angles d’attaque
La critique est également sociale. L’ex-Premier ministre insiste sur les « priorités nationales ignorées » : santé publique en crise, écoles en manque d’enseignants, réduction des bourses, vie chère sans solutions. « Personne n’est à même de dire aujourd’hui quelles sont les véritables priorités du gouvernement », fustige-t-il.
En ciblant ces secteurs sensibles, Bilie-By-Nze cherche à capter le mécontentement populaire, particulièrement dans les zones urbaines où le chômage des jeunes, la dégradation des services sociaux et la flambée des prix alimentent un ressentiment croissant.
Une opposition sous pression mais qui veut exister
Pour autant, la marge de manœuvre de l’EPG reste limitée. Sur 24 candidatures déposées, 14 ont été invalidées par la CNOCER. Bilie-By-Nze ne pourra compter que sur une poignée de circonscriptions pour peser dans le futur Parlement. Mais sa stratégie est claire : faire de ces scrutins une tribune pour dénoncer l’absence d’alternance réelle et la reproduction des mécanismes du passé.
Ce positionnement lui permet de se distinguer d’autres opposants plus radicaux, qui appellent au boycott, et de se poser comme un acteur institutionnel incontournable. En se maintenant dans le jeu électoral, Bilie-By-Nze espère incarner une opposition « constructive », mais ferme, capable de canaliser les frustrations sociales.
Un test pour la Ve République
L’analyse politique de cette sortie dépasse le seul cas de Bilie-By-Nze. Elle interroge la capacité du président Oligui Nguema à transformer la coalition présidentielle en un bloc stable et crédible. Car si la majorité semble acquise à l’UDB et à ses alliés, l’émergence d’une opposition audible au Parlement pourrait constituer un contrepoids symbolique et un garde-fou politique.
En somme, les législatives de septembre 2025 ne se résumeront pas à un simple rapport de force numérique. Elles seront aussi un test de pluralisme : le Gabon entre-t-il dans une Ve République ouverte à la contradiction, ou dans un modèle verrouillé où l’opposition n’est qu’un figurant ?
GMT TV