Insalubrité à Libreville : le numéro vert a-t-il été rangé au placard ?
Un an après le lancement en grande pompe du numéro vert de la Brigade de lutte contre l’insalubrité, censé permettre aux citoyens de signaler les actes d’incivisme, les résultats tardent à se faire sentir. Dépôts sauvages, caniveaux bouchés, marchés anarchiques : sur le terrain, Libreville reste engluée dans ses ordures. Au point de s’interroger sur l’effectivité réelle de ce dispositif présenté comme un outil citoyen majeur.
Le 8 mars 2025, la mairie de Libreville appelait solennellement les populations à s’engager dans la lutte contre l’incivisme. Sous l’impulsion du délégué spécial, le général Jude Ibrahim Rapontchombo, un numéro vert était mis à disposition pour dénoncer les actes d’insalubrité. Affiches, communiqués et publications sur les réseaux sociaux promettaient une réponse rapide et efficace aux signalements citoyens.
Un an plus tard, le contraste est saisissant. Dans de nombreux quartiers, les tas d’ordures s’accumulent, les caniveaux restent obstrués et les occupations anarchiques de l’espace public persistent. Une réalité qui alimente une question simple, mais lourde de sens : que deviennent les signalements effectués par les citoyens ?
Un dispositif citoyen sans impact visible
Le numéro vert est-il toujours opérationnel ? Les alertes sont-elles réellement traitées ? Sur le terrain, rares sont les habitants qui affirment avoir vu une intervention rapide à la suite d’un signalement. Cette absence de visibilité nourrit le doute et fragilise la crédibilité de l’initiative municipale. Car sans retour concret, l’appel à la dénonciation de l’incivisme ressemble davantage à un slogan qu’à une politique publique structurée.
Pire, cette situation risque de décourager les citoyens de bonne volonté, qui finissent par conclure que signaler ne sert à rien. Une dynamique contre-productive dans une ville où l’insalubrité est devenue un défi quotidien.
L’incivisme, un mal profondément enraciné
Au-delà des outils institutionnels, le problème est aussi comportemental. Jeter des déchets dans la rue, brûler des ordures à ciel ouvert ou salir les espaces communs sont devenus des gestes banalisés. Cet incivisme traduit un déficit criant de conscience citoyenne et de respect du bien collectif.
Mais cette réalité ne saurait exonérer les autorités. La lutte contre l’insalubrité ne peut se résumer à un numéro d’alerte, encore moins à une communication ponctuelle. Elle exige un suivi rigoureux des signalements, une éducation civique permanente et des sanctions réellement dissuasives.
Entre responsabilité publique et devoir citoyen
À Libreville, la responsabilité est clairement partagée. Aux autorités municipales de démontrer que chaque signalement compte et produit des effets visibles. Aux citoyens d’adopter des comportements responsables et respectueux de leur cadre de vie. Faute de quoi, la capitale gabonaise restera une ville où l’on annonce des dispositifs ambitieux, sans jamais réussir à transformer durablement les habitudes.









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