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Gabon : sécurité routière, la digitalisation encore confiée à l’étranger, au détriment des talents locaux ? 

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Réuni le 12 janvier 2026 avec INFRAGROUP HOLDING autour d’un projet de modernisation et de digitalisation du transport routier, le ministre d’État en charge des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, affiche l’ambition de renforcer la sécurité routière au Gabon. Une initiative stratégique sur le fond, mais qui relance une interrogation récurrente : pourquoi l’État continue-t-il de se tourner quasi systématiquement vers des groupes étrangers, en marginalisant les compétences nationales pourtant disponibles ?

Un projet structurant pour un secteur en crise. La rencontre entre le ministère des Transports et INFRAGROUP HOLDING s’inscrit dans la mise en œuvre de la politique nationale de sécurité routière, dans un contexte marqué par une accidentalité persistante et une gestion administrative encore largement archaïque du transport terrestre.

Le projet présenté prévoit la mise en place d’un Système de Gestion Intégré du transport terrestre, articulé autour d’une plateforme numérique interopérable, du contrôle en temps réel de la circulation, d’un registre national des véhicules, de la verbalisation électronique des infractions et de la production de statistiques fiables sur les accidents. Il inclut également un volet formation des forces de contrôle et une optimisation des recettes non fiscales.

Sur le papier, l’offre est séduisante. Elle répond à de réels besoins structurels et s’inscrit dans une vision de modernisation de l’action publique.

L’éternel réflexe de l’externalisation

Mais au-delà des objectifs affichés, le choix du partenaire interroge. Une fois encore, l’État gabonais confie un chantier stratégique — données, sécurité, fiscalité, contrôle routier — à une entreprise étrangère, sans communication préalable sur une éventuelle mise en concurrence avec des acteurs nationaux.

Pourtant, le Gabon ne manque ni d’ingénieurs, ni de développeurs, ni de start-up spécialisées dans les solutions numériques, les systèmes d’information ou la data. Plusieurs entreprises locales opèrent déjà dans la digitalisation des services publics, la géolocalisation, la gestion de bases de données ou les solutions de paiement électronique. Mais elles restent rarement associées aux projets structurants de l’État.

Ce réflexe d’externalisation pose une double difficulté : il freine la montée en compétence de l’écosystème local et entretient une dépendance technologique durable vis-à-vis de prestataires étrangers.

Souveraineté numérique en question

Confier à des groupes extérieurs la gestion des flux de données routières, des registres nationaux de véhicules et des systèmes de verbalisation électronique soulève également un enjeu de souveraineté. Qui contrôle réellement les données ? Où sont-elles hébergées ? Quelle capacité de reprise en main par l’administration gabonaise à moyen terme ?

Sans transfert effectif de compétences, sans obligation de sous-traitance locale ou de co-développement avec des entreprises gabonaises, ces projets risquent de reproduire un schéma bien connu : une solution clé en main importée, coûteuse, difficilement maintenable localement et peu créatrice de valeur nationale.

Moderniser sans exclure les compétences nationales

La sécurité routière est une priorité nationale. La modernisation du transport terrestre est indispensable. Mais elle ne peut se faire au prix d’un effacement systématique des talents locaux. À l’heure où le discours officiel valorise la souveraineté économique, l’innovation nationale et l’emploi des jeunes, la cohérence impose un changement de méthode.

Intégrer des consortiums locaux, imposer des partenariats techniques avec des entreprises gabonaises, garantir un véritable transfert de savoir-faire : voilà les conditions pour que la digitalisation serve non seulement la sécurité routière, mais aussi le développement économique endogène.

À défaut, le Gabon continuera de moderniser ses systèmes… sans jamais construire sa propre expertise.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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