Gabon : Oligui Nguema dénonce une classe politique plus avide de postes que de projets
Dans son discours de vœux à la Nation, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a livré un diagnostic sévère mais lucide sur l’état de l’engagement public au Gabon. Au-delà des annonces institutionnelles, le Chef de l’État a pointé un malaise profond : une classe politique et des élites souvent plus mobilisées par la conquête des positions que par la construction de projets durables. Un avertissement adressé, sans détour, aux nouveaux visages de la Cinquième République.
Un constat qui dépasse le simple discours politique. À l’heure où le pays tourne la page de la Transition, le message présidentiel tranche par sa franchise. Le Chef de l’État ne s’est pas contenté de célébrer le retour à l’ordre constitutionnel ; il a interrogé la qualité même de l’engagement public. L’ardeur politique, a-t-il souligné, se manifeste avec force lors des échéances électorales, puis s’évanouit dès qu’il s’agit de penser l’avenir, de bâtir des infrastructures ou de lutter contre le chômage des jeunes.
Ce déséquilibre, loin d’être anecdotique, traduit une crise plus profonde : celle d’une démocratie où l’action publique est parfois perçue comme un tremplin de notoriété ou un levier d’enrichissement, plutôt que comme un service rendu à la collectivité.
Élections omniprésentes, projets absents
Le Président a mis des mots sur une réalité largement partagée par l’opinion. Dans l’espace public, la mobilisation est maximale autour des scrutins, des alliances et des nominations. En revanche, elle se fait discrète lorsque viennent les débats de fond sur l’éducation, l’emploi, l’industrialisation ou l’aménagement du territoire.
Cette asymétrie nourrit la défiance citoyenne. Elle alimente l’idée que la politique serait d’abord une affaire de postes, et non de solutions. En la dénonçant publiquement, le Chef de l’État adresse un message clair : la Cinquième République ne saurait prospérer sur des logiques de carrière déconnectées de l’intérêt général.
Notoriété, fonction et mérite : une confusion dangereuse
Au cœur de l’interpellation présidentielle figure une critique frontale des nouvelles élites. L’exhibition des fonctions, l’arrogance liée aux titres et la confusion entre visibilité médiatique et compétence réelle constituent, selon le Chef de l’État, des dérives incompatibles avec l’idéal républicain.
Ce rappel à l’ordre vise autant les responsables installés que ceux qui aspirent à l’être. La légitimité, a-t-il laissé entendre, ne se décrète pas : elle se construit par le travail, l’exemplarité et la capacité à produire des résultats tangibles pour les populations.
Une mise en garde aux élites de la Cinquième République
Le discours présidentiel sonne comme un avertissement. La recomposition politique en cours ne saurait être un simple jeu de chaises musicales. Elle exige une rupture culturelle : servir l’État plutôt que s’en servir, privilégier le long terme plutôt que l’immédiat, et replacer l’éthique au cœur de l’action publique.
Une question centrale pour l’avenir démocratique
En filigrane, une interrogation fondamentale traverse cette prise de parole : qui sert réellement l’État aujourd’hui, et avec quelle éthique ? En posant cette question, le Président engage la responsabilité collective de la classe politique, de l’administration et des élites économiques et sociales.
À l’aube de 2026, la Cinquième République est ainsi confrontée à un défi décisif. La consolidation institutionnelle ne suffira pas si elle n’est pas accompagnée d’un sursaut moral. L’engagement public, pour retrouver son sens, devra se mesurer moins aux discours et davantage aux actes. C’est à cette condition que la confiance entre l’État et les citoyens pourra durablement se reconstruire.









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