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Gabon : Liberté de la presse et libertés publiques, Bilie-By-Nze met en garde contre «l’orage de la tyrannie»

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À l’occasion de ses vœux à la presse, le président d’Ensemble Pour le Gabon (EPG), Alain-Claude Bilie-By-Nze, a livré une alerte politique majeure sur l’état des libertés publiques au Gabon. Dix ans après l’adoption du Code de la communication, l’ancien Premier ministre dénonce une régression inquiétante, marquée par des interpellations de journalistes, d’activistes et de syndicalistes, en contradiction flagrante avec l’esprit proclamé de la Ve République.

Dix ans du Code de la communication, un anniversaire sous tension. Adopté à l’unanimité en 2016, le Code de la communication devait consacrer une avancée décisive pour la liberté de la presse au Gabon. Dépénalisation des délits de presse, droit d’accès à l’information, reconnaissance d’une économie des médias : le texte incarnait alors une rupture assumée avec les pratiques répressives du passé.

Dix ans plus tard, le constat dressé par Alain-Claude Bilie-By-Nze est sans concession. Loin d’un approfondissement de ces acquis, le climat actuel serait marqué par une banalisation de la contrainte, où l’expression critique est perçue comme une menace plutôt que comme un pilier démocratique. « L’orage de la tyrannie menace nos libertés fondamentales », a-t-il lancé, en plaçant la liberté de la presse au cœur de ses préoccupations.

Arrestations et crispation sociale : des signaux préoccupants

Sans détour, le président de l’EPG a fait référence aux interpellations récentes de figures syndicales et d’acteurs de la société civile, sur fond de crise sociale persistante, notamment dans l’éducation. Pour lui, ces arrestations constituent un signal politique lourd : celui d’un pouvoir qui répond à la contestation par la coercition plutôt que par le dialogue.

Dans un contexte où enseignants, agents publics et travailleurs multiplient les revendications, Bilie-By-Nze estime que judiciariser ou criminaliser l’action syndicale revient à fragiliser davantage la cohésion nationale. « Jeter en prison ceux qui revendiquent n’est pas une solution », a-t-il martelé, y voyant une dérive incompatible avec les principes républicains.

La presse, dernier rempart dans un climat de méfiance

Au-delà des cas individuels, l’ancien chef du gouvernement interpelle directement les médias. Dans un climat de peur et d’autocensure grandissante, la presse demeure, selon lui, un rempart essentiel contre les abus de pouvoir. Mais encore faut-il que les journalistes puissent exercer sans intimidation ni menaces, ce qui, à ses yeux, n’est plus garanti aujourd’hui.

Il pointe ainsi une contradiction de plus en plus visible entre les discours officiels exaltant la démocratie et les pratiques observées sur le terrain. Alors que la Ve République est présentée comme une ère de rupture et de libertés retrouvées, les faits récents alimentent le soupçon d’un durcissement progressif du régime.

Une Ve République à l’épreuve des libertés

Pour Alain-Claude Bilie-By-Nze, la question dépasse la seule liberté de la presse. Elle engage l’avenir même de la Ve République. Une République qui, si elle tolère la restriction des libertés publiques au nom de la stabilité, risque de se renier dès ses premières années.

En s’adressant aux journalistes, le président de l’EPG leur assigne un rôle clair : défendre la vérité, malgré les pressions, et refuser la banalisation de l’arbitraire. Un appel qui résonne comme un avertissement politique : sans libertés publiques effectives, aucune refondation institutionnelle ne peut être crédible, et l’« orage » qu’il évoque pourrait bien s’installer durablement sur le paysage démocratique gabonais.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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