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Gabon : «le retour du lèche-bottisme», un danger pour la 5ème République

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La mise en garde est sévère, et elle émane d’un ancien acteur de la Transition bien que connu et reconnu pour sa liberté de ton. En dénonçant la résurgence du kounabélisme, du larbinisme et du culte de la personnalité, Jean Valentin Leyama pose une question centrale : le Gabon est-il en train de répéter les erreurs qui ont conduit à l’aveuglement du pouvoir précédent ?

Le propos n’a rien d’anodin. Il vise un mal politique ancien, corrosif, qui s’installe lorsque la flatterie remplace l’analyse, lorsque la loyauté de façade supplante l’intérêt général. « Kounabélisme », « lèche-bottisme », « culte excessif de la personnalité » : ces mots renvoient à des pratiques qui ont longtemps asphyxié l’État gabonais, jusqu’à le rendre incapable de se regarder en face.

Un poison politique déjà connu au Gabon 

L’histoire récente l’a montré : quand le pouvoir s’entoure d’applaudisseurs professionnels, il se coupe du réel. Les signaux d’alerte sont étouffés, les critiques disqualifiées, la décision publique devient autocentrée. C’est ainsi que l’ancien régime a sombré dans une gouvernance hors-sol, incapable d’anticiper la colère sociale et les fractures institutionnelles.

Aujourd’hui, l’alerte est claire : ces réflexes n’ont pas disparu. Ils changent de visages, mais produisent les mêmes effets délétères. La glorification permanente, l’encensoir médiatique, la chasse aux voix discordantes recréent un climat d’irresponsabilité collective.

La 5e République face à l’épreuve de la lucidité

Le message de Jean Valentin Leyama vaut rappel à l’ordre. La Cinquième République ne peut prétendre à la rupture tout en tolérant les travers du passé. Gouverner, ce n’est pas être adulé ; c’est accepter la contradiction, s’exposer à l’évaluation, corriger le tir quand il le faut.

Refuser la critique, c’est préparer l’échec. Confondre fidélité et soumission, c’est fragiliser l’État. La République ne se construit ni dans l’adoration ni dans la peur, mais dans la responsabilité et la vérité.

Une exigence de maturité républicaine

Le Gabon est à un moment charnière. Soit il rompt définitivement avec les pratiques qui l’ont mené à l’impasse, soit il s’y replie, au risque de reproduire les mêmes drames politiques. La mise en garde est lancée : elle interpelle les dirigeants, mais aussi les élites administratives, politiques et médiatiques.

Car un pouvoir qui n’entend plus que les louanges finit toujours par se perdre. Et avec lui, c’est la nation entière qui paie le prix de l’aveuglement.

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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