Gabon : influenceurs, modèles ou fausses idoles ?
Omniprésents sur les réseaux sociaux, adulés par une jeunesse connectée en quête de repères, les influenceurs gabonais occupent désormais une place centrale dans l’espace public numérique. Mais derrière les paillettes, la réussite mise en scène et les promesses d’inspiration, une question dérangeante s’impose : ces figures sont-elles réellement des modèles à suivre, ou participent-elles à la diffusion d’illusions dangereuses ?
Au Gabon, l’influence est devenue un métier, parfois même un raccourci vers la célébrité et l’argent. Stories luxueuses, voyages exhibés, consommation ostentatoire et discours motivationnels calibrés pour les algorithmes : le décor est séduisant. Pourtant, cette vitrine numérique cache souvent une réalité moins reluisante. Opacité des partenariats, confusion entre publicité et conseil sincère, banalisation de comportements à risque… La frontière entre inspiration et manipulation devient de plus en plus floue.
La dictature du like, au détriment de l’éthique
Quand la quête de visibilité prime sur toute considération morale, le message transmis devient toxique. Certains influenceurs, obsédés par l’audience, n’hésitent pas à promouvoir des produits douteux, à relayer des rumeurs, voire à normaliser des attitudes contraires aux valeurs sociales. Le problème n’est pas marginal : des milliers de jeunes, parfois fragilisés socialement, prennent ces contenus pour des modèles de réussite.
Dans ce théâtre numérique, la réussite semble instantanée, sans effort ni travail. Une illusion dangereuse, surtout dans un pays confronté au chômage, à la précarité et au découragement d’une partie de sa jeunesse. À force de vendre du rêve hors-sol, certains créateurs participent à un décrochage entre la réalité et les aspirations.
Une jeunesse face à un miroir déformant
Tous les influenceurs ne se valent pas. Certains font le choix d’un discours utile, valorisant le travail, l’éducation, l’engagement citoyen et la créativité locale. Mais d’autres s’enferment dans des postures problématiques : exhibitionnisme, polémiques fabriquées, insinuations malsaines, voire atteintes aux mœurs. Leur influence, réelle, interroge sur la responsabilité de ceux qui captent l’attention de milliers d’abonnés.
À qui profite cette dérive ? Certainement pas aux jeunes qui, à force de consommer ces contenus, finissent par confondre notoriété et légitimité, buzz et réussite.
Marques, plateformes et autorités : des responsabilités partagées
Le phénomène ne peut être analysé sans pointer le rôle des annonceurs et des plateformes. En finançant et en amplifiant des contenus sans exigences de transparence, les marques cautionnent implicitement ces dérives. Elles disposent pourtant d’un levier puissant : refuser les partenariats opaques et privilégier les créateurs respectueux de règles déontologiques claires.
Les autorités de régulation, quant à elles, ne peuvent rester spectatrices. Sensibilisation, éducation aux médias, encadrement des pratiques commerciales sur les réseaux : autant de leviers à activer pour limiter les dégâts de l’illusion numérique.
Encadrer plutôt qu’interdire
La question n’est pas de censurer, encore moins de diaboliser les réseaux sociaux. Elle est d’exiger des standards. L’influence est un pouvoir. Et tout pouvoir implique une responsabilité. Au Gabon, l’écosystème numérique doit évoluer vers des modèles qui élèvent, instruisent et inspirent réellement, plutôt que d’exposer sans filtre des illusions nocives. Car une société qui laisse sa jeunesse se construire sur des mirages numériques prend le risque de récolter, demain, de profondes désillusions.









GMT TV
[youtube-feed feed=2]