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Gabon : climat social, décrispation réelle ou simple pause tactique ?

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Alors que le gouvernement évoque un « apaisement progressif » du front social, porté par l’implication personnelle du président Brice Clotaire Oligui Nguema, la réalité sur le terrain demeure contrastée. Entre suspensions de grèves, protocoles d’accord fragiles et revendications toujours pendantes, la question demeure : assiste-t-on à une véritable décrispation sociale ou à une accalmie provisoire dictée par l’urgence politique et budgétaire ?

Depuis le début de l’année 2026, le Gabon traverse une séquence sociale dense, marquée par des mouvements d’humeur successifs dans des secteurs névralgiques de l’action publique. Éducation nationale, enseignement supérieur, santé, médias publics, administration centrale : rares sont les pans de l’État qui n’ont pas été touchés par des revendications syndicales, souvent anciennes, longtemps ignorées, et brutalement revenues au premier plan.

Des signaux d’apaisement sous impulsion présidentielle

Lors du Conseil des ministres du 29 janvier 2026, le Vice-président du gouvernement a salué une décrispation progressive du climat social, attribuée à l’implication directe du chef de l’État. De fait, ces derniers jours ont été marqués par plusieurs signaux d’ouverture : audiences accordées aux syndicats du pétrole et du gaz, reprise du dialogue avec les enseignants via le collectifs SOS la base, libération de responsables syndicaux interpellés dans le cadre des mouvements sociaux, et engagement à établir des chronogrammes précis pour la mise en œuvre des accords conclus.

Dans l’Éducation nationale, des discussions ont permis l’adoption de protocoles intégrant des avancées sur la prise en compte des bénévoles, les vacations, ainsi que des engagements chiffrés sur les effectifs à régulariser. Dans le secteur de la santé, des échanges ont été relancés autour des situations administratives et du paiement des rappels, tandis que dans l’enseignement supérieur, les autorités assurent travailler à un diagnostic exhaustif des carrières et des dettes sociales accumulées.

Des foyers de tension toujours actifs

Pour autant, sur le terrain, l’apaisement reste fragile. Dans plusieurs administrations, les mouvements sont certes suspendus, mais non levés. Les syndicats parlent davantage de « trêve » que de sortie de crise. Les causes structurelles des conflits, arriérés de paiement, intégrations tardives, absence d’affectation, précarité contractuelle, conditions de travail dégradées, demeurent largement intactes.

Le gouvernement reconnaît lui-même que les dysfonctionnements actuels trouvent leur origine dans « plusieurs décennies de gestion approximative du système administratif ». Une reconnaissance politique forte, mais qui souligne aussi l’ampleur du chantier. À cela s’ajoutent des contraintes de trésorerie assumées par l’exécutif, qui limitent la capacité de réponse immédiate et nourrissent le scepticisme de nombreux agents publics.

Dans les médias publics, malgré les injonctions présidentielles au dialogue inclusif, la question du statut particulier du communicateur reste un point de crispation majeur. Dans l’enseignement supérieur, les syndicats préviennent que sans actes concrets rapides, la reprise des cours pourrait être remise en cause.

Une paix sociale sous condition

En filigrane, une constante se dégage : la centralité du président de la République dans la gestion des crises sociales. Son intervention personnelle apparaît comme le principal levier de décrispation, là où les mécanismes administratifs ordinaires ont montré leurs limites. Mais cette personnalisation du dialogue social pose question. Peut-elle durablement remplacer des institutions sociales solides, des procédures claires et une planification rigoureuse des ressources humaines et financières de l’État ?

À court terme, la remise annoncée des feuilles de route des 100 jours, prévue le 4 février 2026, est attendue comme un test de crédibilité. Les partenaires sociaux y scruteront des engagements précis, des calendriers contraignants et des mécanismes de suivi effectifs.

En l’état, le climat social gabonais oscille entre espoir prudent et méfiance persistante. La décrispation est réelle dans le ton, mais encore incertaine dans les faits. Sans réponses structurelles rapides et sans traduction budgétaire des engagements pris, l’accalmie actuelle pourrait n’être qu’une pause tactique avant de nouvelles tensions.

Karl Makemba

Engagé et passionné, Karl Makemba met son expertise et sa plume au service d’une information rigoureuse et indépendante. Fidèle à la mission de Gabon Media Time, il contribue à éclairer l’actualité gabonaise avec une analyse approfondie et un regard critique. "La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute société libre." – Kofi Annan

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