Derniers articlesSOCIETE

Culture : faut-il maintenir le ministère avec des acteurs délaissés par la tutelle ?

Ecouter l'article

Dans un pays qui se targue d’être une « terre de culture », la réalité est cruelle pour les artistes gabonais. Musiciens, danseurs, plasticiens, cinéastes ou écrivains peinent à survivre dans l’indifférence quasi-totale de la tutelle. Sans politique cohérente de droits d’auteur, sans subventions dignes de ce nom, sans véritable stratégie de promotion internationale, les créateurs continuent de s’autofinancer pour porter haut les couleurs vert-jaune-bleu à l’étranger. Au point que la question devient légitime : faut-il maintenir un ministère de la Culture qui semble avoir oublié sa raison d’être ?

Le Gabon brille, presque partout depuis quelques années, sur les scènes mondiales grâce à des talents qui n’ont souvent pour seul soutien que leur détermination. Des groupes traditionnels aux artistes contemporains, nombreux sont ceux qui, à coups de collectes privées et de sacrifices personnels, représentent le pays dans les festivals, biennales et tournées internationales. Mais lorsqu’il s’agit d’obtenir un appui logistique, financier ou même diplomatique de l’État, c’est le silence radio. Pire, les rares initiatives soutenues relèvent souvent l’événementiel ponctuel, sans vision à long terme comme les concerts pour le Président de la République.

La culture, parent pauvre des politiques publiques !

Le sujet des droits d’auteur reste le scandale le plus criant dans un pays où tous les textes ont été mis en union. Des années après la création du Bureau gabonais du droit d’auteur (BUGADA), les artistes attendent toujours des paiements réguliers et transparents. Résultat, beaucoup renoncent à déclarer leurs œuvres ou se tournent vers des structures étrangères plus fiables. Mais une question demeure dans ce format de gestion pauvre. Comment parler de soft power quand ceux qui incarnent l’identité gabonaise n’ont même pas les moyens de vivre de leur art sur leur propre sol ?

L’autre grande frustration concerne le statut d’ambassadeur culturel. Dans les pays sérieux, les artistes sont parfois nommés ambassadeurs culturels, bénéficient de facilités consulaires, de budgets de tournée ou de résidences à l’étranger. Au Gabon, cette idée semble relever de l’utopie.  Excepté Émeraude qui semble avoir trouvé son créneau pour s’établir auprès de l’administration, les créateurs des œuvres de l’esprit, ceux-là qui font rayonner le pays reviennent souvent les poches vides, sans la moindre reconnaissance officielle. Face à ce désintérêt flagrant, certains acteurs du secteur proposent la suppression pure et simple du ministère de la Culture.

Une administration jugée inutile car inefficace mais aussi coûteuse. À l’heure où le gouvernement propose des taxes pour remplir les caisses de l’État, ces milliards économisés feraient respirer les finances publiques. Sapristi ! D’autres, plus modérés, appellent à une refonte totale. Un recentrage sur la protection des droits, la création d’un vrai fonds de soutien à l’export culturel, la professionnalisation des structures existantes et la nomination effective d’ambassadeurs culturels. Disons-le sans ambages, le Gabon a tous les atouts pour faire de sa culture un levier de rayonnement et de développement économique. Mais tant que les artistes resteront les grands oubliés de la République, le ministère de la Culture ne sera perçu que comme un coûteux symbole vide.

Gabon Media Time

Gabon Media Time est un site d'actualité dont le slogan est " A l'heure de l'info". Nous entendons réinventer l'actualité en ligne gabonaise et sous régionale.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GMT TV

[youtube-feed feed=2]
Bouton retour en haut de la page