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Crise sociale : quand le mutisme de l’UDB expose son président à l’impopularité 

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Le début de l’année 2026 s’ouvre sur une séquence sociale particulièrement tendue, dominée par la crise persistante de l’Éducation nationale et ses répercussions politiques. Grèves, négociations laborieuses et colère des enseignants alimentent un débat public vif, dans lequel le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’implique personnellement, multipliant rencontres et annonces. Pourtant, face à cette exposition maximale du chef de l’État, un acteur brille par son absence, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), parti présidentiel et force dominante des institutions. Un silence qui interroge, tant il contraste avec l’urgence sociale et l’intensité des attaques politiques dirigées contre le pouvoir.

Alors que les militants attendent un soutien politique structuré, l’UDB semble se retrancher dans une réserve incompréhensible. Aucun communiqué d’envergure, aucune sortie médiatique coordonnée pour défendre les choix gouvernementaux ou contextualiser l’action présidentielle dans la gestion de la crise actuelle. Le parti n’a pas non plus mis en valeur les efforts engagés par le chef de l’État auprès des syndicats de l’éducation et de la santé, laissant ainsi le terrain du débat à une opposition particulièrement offensive. Cette posture fragilise le président, exposé seul aux critiques, et révèle un déficit manifeste de stratégie politique et communicationnelle au sein du parti censé être son premier rempart.

Un parti majoritaire absent, un président surexposé

Ce mutisme questionne profondément la capacité de l’UDB à assumer son rôle de parti dominant. Présent à l’Assemblée nationale, au Sénat et dans les collectivités locales, il dispose pourtant de relais suffisants pour occuper l’espace public et structurer un discours de soutien, alors même que des organes de presse restent disposés à recevoir dans leurs colonnes des  contre-arguments à la prédominance de la critique des oppositions. À défaut d’une mobilisation collective, on assiste à une personnalisation excessive de la gestion de crise, où le chef de l’État apparaît en première ligne, sans protection politique. Cette situation est d’autant plus paradoxale que nombre de responsables et d’élus de l’UDB doivent leur ascension politique à cette dynamique présidentielle, sans pour autant se montrer solidaires lorsque la contestation s’intensifie.

À l’inverse, certains partis ont su exploiter ce vide à l’instar du Parti démocratique gabonais (PDG), qui s’est positionné clairement sur la crise éducative. Sa secrétaire générale, Angélique Ngoma, a publiquement défendu l’action de Camélia Ntoutoume Leclercq, ministre de l’Éducation nationale et cadre du parti, affichant une cohérence et une discipline politique que l’UDB peine à démontrer. Cette attitude tranche avec celle du parti présidentiel et renforce l’image d’une opposition plus audible, voire plus structurée, sur les enjeux sociaux majeurs. Dans ce contexte, les critiques se multiplient sans véritable contradiction. De Alain-Claude Bilie-By-Nze à Mike Jocktane, en passant par Benoît Mouity Nzamba ou Jean-Rémy Yama, les voix opposées au pouvoir occupent l’espace médiatique et contestent ouvertement la gestion des crises sociales par le chef de l’État. Face à cette offensive, l’UDB reste étrangement invisible, laissant s’installer un déséquilibre du débat public. Ce silence, loin d’être neutre, nourrit l’idée d’un parti dépassé par les enjeux, incapable de protéger politiquement son leader et de défendre un projet collectif à la hauteur des attentes sociales.

Karl Makemba

Engagé et passionné, Karl Makemba met son expertise et sa plume au service d’une information rigoureuse et indépendante. Fidèle à la mission de Gabon Media Time, il contribue à éclairer l’actualité gabonaise avec une analyse approfondie et un regard critique. "La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute société libre." – Kofi Annan

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