Crise dans l’Éducation : « la médiation confisquée », alerte du Pr Moundounga Mouity
Alors que la crise dans le secteur de l’Éducation continue de paralyser les établissements publics et confessionnels, la question de la médiation refait surface avec acuité. Pour le Pr Patrice Moundounga Mouity, enseignant-chercheur à l’Université Omar Bongo, une dérive préoccupante s’installe : la mise à l’écart de la Médiature de la République au profit de médiateurs autoproclamés, au mépris des règles institutionnelles et de la neutralité exigée par un conflit social d’ampleur nationale.
Dans une déclaration sans ambiguïté, Patrice Moundounga Mouity rappelle que, juridiquement et institutionnellement, la Médiature de la République gabonaise est la seule autorité habilitée à intervenir dans un conflit opposant les enseignants – en tant qu’administrés – à l’État, représenté par le gouvernement. Cette institution, qualifiée d’autorité administrative indépendante, a précisément pour mission de résoudre les différends entre les citoyens et l’administration, dans une logique de dialogue inclusif et de préservation de la paix sociale.
Pour l’universitaire, l’enjeu dépasse largement la seule crise éducative. Il s’agit d’un test grandeur nature de la restauration de l’État de droit et du respect des institutions, dans un contexte post-Transition où la crédibilité de l’action publique est scrutée.
Des médiations parallèles jugées dangereuses
Le Pr Moundounga Mouity se montre particulièrement critique face à la multiplication de « médiateurs de circonstance », désignés ou autoproclamés, qui s’invitent dans le débat public sans base légale claire. « Un exercice performatif nécessitant neutralité et légitimité ne peut souffrir d’initiatives improvisées », estime-t-il, dénonçant une situation « confondante et désespérante ».
Selon lui, ces interventions parallèles brouillent les responsabilités, affaiblissent la portée des revendications enseignantes et exposent la crise à des récupérations politiques, là où elle devrait rester strictement sociale et institutionnelle.
Halte à l’instrumentalisation politique
Au cœur de sa prise de position, un avertissement clair : le parasitage politicien d’une question aussi sensible que l’avenir de l’école gabonaise constitue une menace directe pour la cohésion sociale. En court-circuitant la Médiature de la République, l’État prend le risque d’envoyer un signal contradictoire, à l’heure même où il appelle au dialogue et à la responsabilité.
Pour le Pr Moundounga Mouity, la sortie de crise ne peut être durable que si elle respecte les mécanismes institutionnels existants, seuls garants d’une médiation crédible, impartiale et acceptée par toutes les parties.
Une interpellation directe des autorités
En filigrane, cette analyse sonne comme une interpellation à l’endroit du gouvernement : restaurer l’autorité des institutions ne peut être un slogan. Cela implique de laisser chaque organe jouer pleinement son rôle, sans contournement ni improvisation. À défaut, la crise de l’Éducation pourrait devenir le symbole d’un dysfonctionnement plus large, celui d’un État qui peine encore à faire confiance à ses propres outils de régulation.
Dans un contexte de tensions sociales persistantes, le message est limpide : sans respect des institutions, il n’y aura ni médiation crédible, ni paix sociale durable.









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