Derniers articlesPOLITIQUE

Violences post-électorales de 2016 : la France accusée d’avoir entravé l’enquête

Ecouter l'article

Près de dix ans après la crise postélectorale qui avait secoué le Gabon à la suite de la réélection contestée d’Ali Bongo Ondimba, de nouvelles révélations viennent raviver le débat sur les responsabilités dans la répression qui avait suivi le scrutin. Dans une enquête publiée le 5 mars, l’hebdomadaire français Marianne affirme que le Quai d’Orsay, du nom du ministère des Affaires étrangères, aurait délibérément limité la transmission de documents diplomatiques dans le cadre d’une enquête ouverte en France pour crimes contre l’humanité.

Selon le média français, l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH) avait sollicité dès juillet 2020 la communication de documents diplomatiques relatifs aux événements survenus au Gabon à la suite de la présidentielle d’août 2016. Sur les 315 documents identifiés par le ministère français des Affaires étrangères, seuls 35 auraient finalement été transmis aux enquêteurs.

Le QG de Jean Ping au coeur de l’enquête 

L’hebdomadaire affirme que les autres pièces auraient été triées selon leur « sensibilité » avant d’être retenues. Parmi les documents qui n’auraient pas été communiqués figureraient notamment un dossier détaillant les irrégularités électorales, un témoignage direct relatif à l’attaque du quartier général de campagne de l’opposant Jean Ping à Libreville, ainsi que plusieurs photographies décrites comme particulièrement violentes. En interne, certains responsables du ministère auraient exprimé des réserves quant à cette rétention de documents. Marianne cite notamment un responsable du Quai d’Orsay qui aurait écrit que cette attitude donnait « l’impression de vouloir couvrir les violences post-électorales de 2016 ».

L’enquête revient longuement sur les événements survenus dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2016, quelques heures après l’annonce des résultats de l’élection présidentielle. À Libreville, le quartier général de campagne de l’opposant Jean Ping avait été attaqué par les forces de sécurité dans un contexte de contestation des résultats du scrutin. La Mission d’observation électorale de l’Union européenne avait alors estimé que le processus électoral était entaché d’« anomalies mettant en question l’intégrité du scrutin », notamment dans la province du Haut-Ogooué, fief de la famille Bongo, où la participation officielle avait atteint 99,93 %. 

Des ressortissants français évoqués dans l’enquête

Selon les témoignages cités par Marianne, l’assaut contre le QG de Jean Ping aurait impliqué des tirs nourris et des violences ayant causé plusieurs morts et blessés. Un témoin direct évoque dans l’enquête « un carnage » à l’intérieur du bâtiment. L’article du magazine évoque également la possible implication de ressortissants français dans le dispositif sécuritaire entourant la présidence gabonaise à l’époque. Selon les éléments cités, un ancien officier français reconverti dans le secteur privé aurait exercé en 2016 comme conseiller militaire auprès du président Ali Bongo, sous le pseudonyme « 02 ».

Deux anciens légionnaires français auraient également participé à la sécurité présidentielle, et l’un d’eux aurait été aperçu aux abords du quartier général de Jean Ping avant l’assaut. L’enquête mentionne par ailleurs le rôle présumé d’un membre de la famille présidentielle de l’époque, alors responsable du renseignement gabonais et détenteur de la double nationalité franco-gabonaise.

Une affaire toujours en cours devant la justice française

Selon Marianne, un agent du ministère français des Affaires étrangères aurait finalement signalé l’affaire à la justice en décembre 2024. La justice française poursuit depuis ses investigations, tandis que certains responsables impliqués dans la gestion du dossier au sein du Quai d’Orsay auraient quitté leurs fonctions ces dernières années.

Ces révélations interviennent dans un contexte profondément transformé sur le plan politique au Gabon, marqué par la chute du régime d’Ali Bongo à la suite du coup d’État du 30 août 2023. Alors que les investigations judiciaires se poursuivent en France, cette enquête relance les interrogations sur la gestion internationale de la crise gabonaise de 2016 et sur les responsabilités éventuelles dans les violences qui avaient suivi l’élection présidentielle.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page