Thierry Minko : «Le programme avec le FMI sera conçu par les Gabonais»
Dans un contexte de fortes tensions budgétaires, de pression sur le pouvoir d’achat et de négociations imminentes avec le Fonds monétaire international, le ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la vie chère, Thierry Minko, sort du silence. Dans un entretien exclusif accordé à Gabon Media Time, il détaille la philosophie de la loi de finances 2026, assume les choix fiscaux opérés, clarifie la stratégie d’endettement de l’État et expose les leviers activés pour contenir la vie chère. Entre exigence de crédibilité financière, justice fiscale et impératif social, le ministre livre une lecture sans détour des réformes engagées au sommet de l’État.
Gabon Media Time: Vous avez été porté au stratégique poste de Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations chargé de la Lutte contre la Vie chère dans un contexte marqué par de fortes attentes sociales doublé d’une volonté politique de relancer l’économie. Comment avez-vous vécu cette nomination et comment mesurez-vous le poids de la responsabilité ?
Thierry Minko : Premièrement je voudrais saisir cette tribune pour remercier très sincèrement Son Excellence, Monsieur Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement pour m’avoir porté à la tête du Ministère de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations chargé de la Lutte contre la Vie chère.
J’ai accueilli cette nomination avec humilité et un sens aigu de la responsabilité. Le Gabon traverse une phase critique, marquée à la fois par de fortes attentes sociales et par des contraintes budgétaires importantes. Avec mes équipes, ma mission est de poser les bases d’une restauration durable de la crédibilité de l’État à travers notamment la stabilisation de nos finances publiques et de remettre notre économie sur une trajectoire de croissance inclusive, conformément à la vision du Président de la République.
La loi de Finances 2026 prévoit un budget équilibré en recettes et en dépenses arrêté à 6 358 milliards de FCFA. Il était de plus de 7 000 milliards dans le PLF. Quelle est l’ambition du Gouvernement derrière un tel budget ?
Le passage d’un projet de budget initial de plus de 7 000 milliards de francs CFA à un budget arrêté à 6 358 milliards de francs CFA traduit un choix de crédibilité, de réalisme et de responsabilité. Nous avons retenu uniquement les dépenses qui sont à la fois finançables et qui garantissent la soutenabilité de nos finances publiques.
Notre objectif est de restaurer la confiance de nos partenaires, de maîtriser le déficit et l’endettement, tout en dégageant des marges pour investir dans les infrastructures, l’éducation, la santé et l’amélioration des conditions de vie de nos populations.
L’ambition demeure intacte : accélérer la transformation de notre économie à travers un budget qui oriente davantage ses ressources de financement vers le développement des infrastructures de transport, énergétiques, d’eau et d’assainissement et sociales. Nous voulons une croissance forte, mais bâtie sur des bases financières solides. Le gouvernement table sur un taux de croissance ambitieux de 6,5% en 2026 contre 3% en 2025.
3.808 milliards de FCFA de recettes budgétaires, 4 618,9 milliards de FCFA de dépenses budgétaires de l’Etat, soit un besoin en financement de 810,9 milliards de FCFA. Monsieur le ministre, dans la situation actuelle du pays, peut-on encore se permettre de creuser le déficit budgétaire ?
En réalité, le besoin de financement induit par le budget 2026 s’élève à 2186,3 milliards de francs CFA. Il correspond aux ressources que nous envisageons de mobiliser auprès de nos partenaires financiers et sur le marché financier, sous régional, afin d’assurer l’équilibre du budget. Il s’agit, in fine, des emprunts destinés à financer les projets structurants retenus dans la loi de finances.
Toutefois, ce besoin de financement soulève la question de la soutenabilité du déficit budgétaire, estimé à environ 6% du PIB dans le cadre de la loi de finances 2026. Son impact potentiel sur l’endettement du pays, ainsi que sur la position extérieure de la zone monétaire à laquelle nous appartenons, interroge la viabilité de nos finances publiques, que nous avons le devoir de préserver.
C’est précisément ce diagnostic qui a conduit à la décision de réviser à la baisse l’enveloppe budgétaire.
Le déficit n’est pas, en soi, un facteur de risque dès lors qu’il demeure maîtrisé et qu’il finance des investissements générateurs de croissance. L’enjeu fondamental est de disposer d’un budget compatible avec l’ambition des plus hautes autorités de transformer durablement notre pays, tout en respectant les impératifs de stabilité macroéconomique et de soutenabilité de la dette, notamment à travers une meilleure mobilisation des recettes et une maîtrise rigoureuse des dépenses publiques.
Certaines nouvelles taxes inscrites dans la loi de finances 2026 crispent une partie de l’opinion. C’est le cas de la contribution foncière unique, de la taxe forfaitaire d’habitation, des droits d’accise sur les appels de téléphonie mobile (5%), etc. Monsieur le ministre, pourquoi ces taxes ont-elles du mal à être acceptées par les populations? Vers quels besoins seront orientés les fonds générés par ces nouvelles taxes?
La souveraineté économique à laquelle nous sommes tous attachés impose un effort soutenu d’investissement public, ce qui nous oblige à mobiliser l’ensemble des niches de recettes budgétaires disponibles.
C’est dans cet esprit que le Gouvernement a institué ces prélèvements, qui, mis bout à bout, peuvent effectivement paraître contraignants dans un contexte de tension sur le pouvoir d’achat. Pour autant, l’objectif du Gouvernement n’est en aucun cas de pénaliser les populations ni de dégrader leur niveau de vie. Ces mesures répondent avant tout à un impératif de souveraineté financière et de soutenabilité de l’action publique.
Il convient également de rappeler que, dans le cadre de la politique de décentralisation impulsée par Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement, les collectivités territoriales se voient progressivement transférer des compétences auparavant exercées par l’État central. Elles auront, en conséquence, besoin de ressources propres pour financer ces missions. C’est dans cette logique que s’inscrivent notamment la Taxe Forfaitaire d’Habitation et la Contribution Foncière Unique qui rapporteront au budget de l’Etat respectivement 22,6 milliards de francs CFA et 40 milliards de francs CFA.
Dans un souci de justice fiscale, il est essentiel que chaque citoyen contribue, selon ses capacités, à l’effort collectif. L’élargissement de la base fiscale est une condition indispensable pour financer notre développement et réduire la dépendance de l’économie nationale à la rente pétrolière.
Par ailleurs, la loi de finances 2026 introduit des prélèvements relevant de la fiscalité environnementale, fondés sur le principe du « pollueur-payeur », et visant les biens et services dont l’usage a des effets négatifs sur l’environnement et la santé publique. C’est à ce titre que le Parlement a autorisé l’instauration de taxes pour la protection de l’environnement ainsi que le relèvement des droits d’accise sur le tabac et les boissons alcoolisées.
Les recettes issues de ces taxes seront affectées au renforcement des systèmes de santé publique, notamment à travers la prévention et la sensibilisation aux effets de l’alcool et du tabac, ainsi qu’à la sécurité routière. Elles contribueront également à la protection de l’environnement, par des actions de communication et de lutte contre la pollution plastique et les émissions de gaz à effet de serre.
Conformément aux principes de transparence et de redevabilité, l’État veillera, par les mécanismes appropriés, à la bonne utilisation de ces ressources, afin qu’elles financent effectivement les missions pour lesquelles elles ont été instituées.
A la lecture de la Loi de finances, contrairement à ce que beaucoup affirment, ce qui ressort c’est moins une hausse massive de la fiscalité qu’un élargissement de l’assiette fiscale en ciblant certains contribuables. Est-ce un choix de justice fiscale selon vous ?
Oui, il s’agit d’un choix assumé de justice fiscale. L’objectif est de faire contribuer de manière équitable les revenus et le patrimoine qui, jusque-là, échappaient à l’impôt.
En effet, les dispositions contenues dans la loi de finances 2026 concernent majoritairement les personnes physiques, à l’exception des « Gabonais économiquement faibles ». Elles sont donc appelées, directement ou indirectement, à contribuer à l’effort de mobilisation fiscale, ce segment de contribuables n’ayant pas été suffisamment imposé jusqu’à présent.
Il s’agit de fiscaliser, comme cela se pratique dans de nombreux pays, le patrimoine immobilier. L’absence d’un cadastre fiscal ne pouvait plus être invoquée comme argument pour esquiver l’impôt.
La contribution demandée demeure modeste et, si elle devait s’avérer rédhibitoire, des ajustements pourraient être apportés. Pour l’heure, il nous faut accepter de concéder à l’État une part de ce que nous produisons ou percevons comme revenus, afin qu’il dispose des moyens nécessaires à son développement, à l’instar des autres pays.
Monsieur le Ministre, nous avons évoqué les efforts qui seront demandés aux gabonais en 2026 pour financer les collectivités locales. Cependant, beaucoup estiment que ces efforts supplémentaires interviennent dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat. Tout augmente au marché : l’huile, le riz, le sucre etc. Que prévoyez-vous pour soutenir les gabonais les plus nécessiteux ?
Dans un premier temps, je tiens à saluer l’effort citoyen qui est demandé aux Gabonais dans cette phase de mise en œuvre des réformes engagées pour transformer durablement notre économie. Attendre une amélioration du contexte international n’est pas une option : ce serait une posture attentiste et risquée pour notre pays. L’objectif est au contraire d’accélérer les réformes afin d’en récolter rapidement les dividendes, qui se traduiront par une amélioration des conditions de vie de nos populations, des conditions de travail des enseignants, des personnels de santé et, plus largement, de l’ensemble des services publics.
En second lieu, le Chef de l’État a donné corps à sa vision de la lutte contre la vie chère en instruisant le Ministre de l’Économie et des Finances de créer la Centrale d’Achat du Gabon. Sa mission est de réduire le coût des produits de première nécessité et des matériaux de construction, en agissant comme premier acheteur centralisé de biens et de marchandises, selon une liste actuellement en cours de finalisation par le Gouvernement.
Les coûts logistiques, les marges commerciales et les inefficiences de la chaîne de distribution pèsent lourdement sur les prix des produits importés. Contrairement à certaines perceptions, les droits de douane relèvent en grande partie de dispositions communautaires. La Centrale d’Achat du Gabon permettra de mieux maîtriser les prix, de réduire les marges excessives et de promouvoir la production locale afin de substituer progressivement les importations.
À ce jour, le processus d’opérationnalisation de la Centrale d’Achat est engagé, et les premiers effets de son action devraient être perceptibles dès le mois d’avril.
Bien entendu, la structure actuelle de notre économie continuera encore, à court terme, d’influencer le niveau des prix en République gabonaise. C’est pourquoi la diversification de l’économie constitue une priorité du Projet de société du Chef de l’État. Elle est une nécessité stratégique. Nous devons produire davantage de ce que nous consommons, améliorer les réseaux de communication et de transport afin de
réduire les coûts logistiques, et approfondir la diversification de notre tissu économique. C’est à ce prix que nous parviendrons, à moyen terme, malgré les chocs extérieurs, à rendre plus accessibles les biens essentiels aux populations.
Enfin, si des efforts sont demandés aux Gabonais, un accompagnement ciblé est prévu en faveur des ménages à revenu modeste. A ce jour, les personnes détentrices de compteurs sociaux ne sont pas soumises au paiement de la taxe forfaitaire d’habitation. Au terme de l’opération de recensement général de la population, l’on devrait avoir un fichier plus fiable des gabonais économiquement faibles. Ainsi, l’on pourra mettre en place des mesures d’aide plus efficaces en faveur de ces populations.
Le Gouvernement a annoncé la signature prochaine d’un programme avec le Fonds monétaire international et une mission est d’ailleurs attendue à Libreville en février. En Afrique lorsqu’on entend FMI, tout de suite on pense : Programme d’ajustement structurel et tout ce qui s’ensuit en termes de coupes dans les dépenses sociales. Qu’est-ce que le gouvernement attend concrètement du FMI?
L’annonce de l’ouverture des négociations avec le Fonds monétaire international constitue une décision courageuse, prise par Son Excellence Monsieur Brice Clotaire Oligui Nguema, Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement.
Cette annonce, intervenue en marge du Sommet des Chefs d’État de la CEMAC, tenu à Kintélé au Congo, le 22 janvier dernier, traduit la volonté des plus hautes autorités de rassurer les partenaires et la communauté financière internationale sur les mesures que le Gabon entend prendre pour redresser sa trajectoire budgétaire, contribuer à la viabilité extérieure de la zone CEMAC et préserver la stabilité de notre monnaie commune.
Cette décision, comme chacun a pu le constater, a été saluée par la communauté des investisseurs à travers le monde, qui y voit un engagement politique de très haut niveau en faveur de la restauration de la crédibilité financière du pays.
Avec le FMI, nous partageons une vision commune du développement de notre pays, fondée sur le renforcement de la gouvernance, la promotion de la transparence dans la gestion des ressources publiques et, surtout, l’amélioration durable des conditions de vie des populations.
Le FMI est un partenaire de crédibilité financière. Nous attendons de lui un appui pour stabiliser nos finances publiques, accéder à des financements concessionnels, améliorer la gestion de la dette, tout en protégeant les dépenses sociales. Le FMI nous accompagnera dans la poursuite des réformes structurelles, et nous aidera à mobiliser des appuis budgétaires auprès des autres bailleurs ; ces appuis seront destinés à la stabilisation du cadre macroéconomique et à la consolidation de la position extérieure de la zone CEMAC.
Que les choses soient claires : le programme avec le FMI sera avant tout le programme du Gabon, conçu par les Gabonais et assis sur le projet de société du Chef de l’Etat « batissons un édifice nouveau ». Le FMI ne vient pas imposer des mesures étrangères à nos priorités. L’institution connaît notre ambition légitime. Nous attendons d’elle qu’elle challenge la solidité de notre programme de croissance et sa cohérence avec nos engagements, notamment communautaires. L’enjeu est précisément d’éviter les ajustements procycliques et de renforcer la discipline et la cohérence avec les règles de la zone CEMAC.
C’est dans cet esprit, et dans le prolongement du Sommet de Kintélé, que des dispositions seront prises afin de garantir la cohérence de la loi de finances 2026 avec les impératifs de soutenabilité de la dette et de consolidation de la position extérieure de la zone. Cette démarche est également rendue nécessaire par l’évolution des hypothèses macroéconomiques ayant présidé à l’adoption de la loi de finances 2026. Dans un contexte de marges d’endettement désormais plus contraintes, l’adoption d’une loi de finances rectificative permettra de conforter notre ambition de transformation de l’économie, tout en apportant les ajustements requis pour s’assurer de l’effectivité du recouvrement des recettes et de la maturité des projets d’investissement à exécuter.
Récemment a eu lieu un sommet extraordinaire des Chefs d’État de la CEMAC à Brazzaville à la demande du Président Denis Sassou-Nguesso pour évoquer la situation financière de la zone. Le peuple gabonais doit-il se préparer à une dévaluation du FCFA ?
Les Chefs d’État se sont réunis afin d’évaluer la mise en œuvre des mesures arrêtées lors de leurs précédentes rencontres de 2016 et de 2024, en réponse aux alertes relatives à la situation économique et financière de la CEMAC.
Les défis auxquels nos pays sont confrontés ont conduit les Chefs d’État à réaffirmer leur engagement ferme en faveur de l’ajustement réel comme pilier central de la stratégie de consolidation des finances publiques, de renforcement de la position extérieure et de diversification des économies nationales.
Il n’a jamais été question d’une dévaluation du franc CFA, contrairement aux rumeurs qui ont circulé à l’annonce de la tenue du Sommet. Les indicateurs déterminant un éventuel changement de parité de notre monnaie commune demeurent maîtrisés : le taux de couverture de la monnaie en zone CEMAC se situe autour de 4,3 mois d’importation. Ces indicateurs vont continuer à s’améliorer grâce à l’effectivité des décisions prises par les hautes instances communautaires, notamment la préservation et la consolidation des réserves de change ainsi que la restauration de la discipline budgétaire, indispensables à la stabilité monétaire.
Le Gabon a sollicité le rapatriement des devises par les acteurs économiques du secteur extractif. Pourquoi cette mesure est-elle essentielle à la stabilité financière de la zone ?
Le rapatriement des devises allouées à la Remise en Etat des Sites (RES)miniers et pétroliers renforce directement les réserves de change de la zone, soutient la stabilité de la monnaie commune et réduit le risque d’ajustements monétaires. Il s’agit d’une mesure de souveraineté économique et de stabilité régionale.
Le Gabon a d’ailleurs montré l’exemple à travers la décision du Chef de l’État de renforcer les réserves de change par le rapatriement 270 millions de dollars américains de Fonds RES détenus par la compagnie nationale GOC.
Des concertations vont être relancées entre la BEAC, les États et les acteurs du secteur extractif en vue de rendre pleinement opérationnelle la mesure relative au Fonds RES.
Dans le contexte actuel de baisse de réserves et de pressions extérieures accrues, la domiciliation des recettes issues des activités extractives constitue un levier essentiel pour stabiliser la balance des paiements, réduire la vulnérabilité aux chocs externes et restaurer la confiance des partenaires.
Les Chefs d’Etat ont réaffirmé leur engagement ferme en faveur de cette mesure. Il y va de l’intérêt de tous et notamment des opérateurs du secteur extractif d’adhérer à cette directive.
Pour financer l’investissement en 2026, le Gabon va recourir à l’endettement. La DGD indiquait récemment qu’à fin octobre 2025, l’encours de la dette publique s’établissait à 8.560 milliards de FCFA. Quel est votre plan d’action pour concilier impératifs d’investissement et gestion parcimonieuse de la dette publique, surtout dans un contexte de dégradation continue de la note souveraine du Gabon ?
Pour l’année 2026, le Gabon réaffirme sa volonté de mobiliser les ressources d’emprunt nécessaires tout en préservant la viabilité de sa dette. L’objectif n’est pas d’emprunter pour emprunter, mais de couvrir les besoins de financement de l’État, d’honorer nos engagements et de le faire dans les meilleures conditions possibles, en privilégiant des maturités longues et un coût de financement maîtrisé, compatibles avec la stabilité macroéconomique. Cette approche s’inscrit dans une logique de gestion rigoureuse visant à maintenir les risques — de change, de taux d’intérêt et de refinancement — à un niveau prudent.
C’est dans ce cadre qu’une stratégie d’endettement a été élaborée et adoptée par le Parlement dans la loi de finances 2026. Elle repose sur deux piliers essentiels.
D’une part, les nouveaux engagements extérieurs seront prioritairement contractés auprès des partenaires multilatéraux, sous forme de prêts concessionnels ou semi concessionnels, afin de contenir le coût de la dette et de limiter l’exposition aux risques de change.
D’autre part, le marché financier sous régional constituera la principale source de financement, à hauteur d’environ 60 %, car il offre une plus grande stabilité face aux fluctuations des taux et ne présente pas de risque de change, tout en contribuant au développement de l’épargne nationale et du système financier.
Cette prudence est d’autant plus nécessaire que l’environnement régional est marqué par une forte exposition des banques au souverain, ce qui impose une gestion de la dette encore plus disciplinée et prévisible.
S’agissant de la dégradation de la note souveraine, je préfère m’en tenir aux faits : au niveau sous régional, les investisseurs continuent de souscrire aux titres émis par le Gabon ; sur le plan international le spread des titres émis par le Gabon se situe actuellement autour de 790 points de basecontre 1.060 points de base avant le 21 janvier 2026, date de l’annonce de la signature d’un future programme avec le FMI et du rapatriement d’une partie des fonds RES. Tout cela traduit une confiance réelle dans la signature de l’État.
Enfin, la perspective de la conclusion d’un programme avec le Fonds monétaire international a été accueillie favorablement par les marchés. Les analyses des experts internationaux confirment que cet ancrage renforce la crédibilité de notre trajectoire budgétaire et financière et contribue à améliorer l’image du Gabon auprès de ses partenaires et des investisseurs.
Pour parvenir à bâtir une économie forte, nous avons besoin que chacun fasse des efforts. Il est évoqué en permanence la rationalisation de la dépense publique. Pourtant, le fonctionnement de l’État continue de coûter extrêmement cher au contribuable et pour des performances difficilement mesurables. Peut-on réussir à relancer notre économie avec un appareil d’Etat aussi hypertrophié?
Vous évoquez un enjeu majeur, déterminant pour la concrétisation de l’ambition du Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement, de faire du Gabon un pays attractif et prospère.
En effet, il n’est pas possible de relancer durablement l’économie avec un État trop lourd et insuffisamment efficace. La rationalisation de la dépense publique, la réforme de l’administration et l’amélioration de la performance de l’action publique constituent des leviers essentiels pour libérer des ressources au service du développement.
À cette fin, plusieurs chantiers structurants ont été engagés. Il s’agit notamment de la digitalisation de l’administration publique, de la rationalisation des dépenses relatives aux subventions, de l’amélioration de la transparence et de l’efficacité de la dépense publique à travers la mise en place d’un système intégré de gestion des finances publiques.
Propos recueillis par Morel Mondjo Mouega.









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