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Suspension des réseaux sociaux : quels effets économiques et numériques pour le Gabon ?

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Après la décision de la Haute Autorité de la Communication (HAC) de suspendre les réseaux sociaux le 17 février 2026, les restrictions observées sur les plateformes du groupe Meta, YouTube et TikTok ont relancé le débat sur les conséquences économiques et numériques d’une telle mesure. Pour Virginie Mounanga, experte en gouvernance des données, l’enjeu dépasse la régulation des contenus : il touche directement l’infrastructure économique du pays.

Le 17 février 2026, la Haute Autorité de la Communication a annoncé la suspension de l’accès aux réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire national. Dans les heures suivantes, des restrictions ont été signalées sur les plateformes du groupe Meta Platforms (Facebook, WhatsApp, Instagram), ainsi que sur YouTube et TikTok.

Selon Virginie Mounanga, spécialiste en intelligence artificielle et gouvernance des données, cette variabilité des accès « suggère soit une exécution progressive, soit des modalités de blocage différenciées selon les opérateurs ».

Une infrastructure économique touchée

Les chiffres sont parlants. À fin 2025, le Gabon comptait environ 1,87 million d’utilisateurs d’Internet, soit un taux de pénétration de 71,9 %, et près de 850 000 identités d’utilisateurs de réseaux sociaux, représentant environ 32,6 % de la population, selon DataReportal.

Restreindre l’accès aux plateformes numériques revient ainsi, selon l’experte, « à perturber une véritable infrastructure d’accès au marché pour une part significative de la population connectée ».

Pour les PME et start-ups, l’impact immédiat concerne les fonctions « go-to-market » à faible coût : communication digitale, acquisition client, service après-vente, prospection B2B. Quant aux micro-entrepreneurs et à l’économie informelle, le réseau social constitue souvent l’unique vitrine commerciale et outil de coordination opérationnelle.

Coûts d’opportunité et attractivité en jeu

Au-delà des pertes directes, Virginie Mounanga insiste sur les coûts d’opportunité macroéconomiques, notamment en matière de recettes fiscales indirectes et d’activité déclarée.

La question de l’attractivité se pose également. « La difficulté ne tient pas uniquement à la mesure, mais à l’imprévisibilité et à l’instabilité du cadre numérique qui devient un risque opérationnel à part entière », souligne-t-elle. Pour les investisseurs, la stabilité réglementaire constitue un critère déterminant.

Gouvernance des données et risques collatéraux

Sur le plan de la souveraineté numérique, l’experte met en garde contre un effet paradoxal : les blocages entraînent souvent substitution et fragmentation des usages. « En pratique, le blocage n’élimine pas les flux : il les externalise », explique-t-elle, évoquant les risques liés au contournement par des outils non sécurisés.

Une levée rapide de la mesure pourrait restaurer la confiance et relancer immédiatement les leviers économiques. À l’inverse, son maintien nécessiterait un encadrement formalisé, fondé sur des engagements clairs avec les plateformes concernées.

Pour Virginie Mounanga, le contrôle de l’accès aux réseaux sociaux relève des prérogatives de l’État. Mais il doit s’inscrire dans une mise en œuvre proportionnée, conciliant protection des libertés individuelles, liberté d’entreprendre et crédibilité internationale du Gabon.

Dans un contexte où le numérique est devenu un pilier de l’économie et de la gouvernance, chaque décision en la matière engage bien plus que la simple régulation des contenus : elle redéfinit les contours de la confiance économique et institutionnelle.

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

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