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Suspension des réseaux sociaux : Lewis Bachama plaide pour une police numérique spécialisée

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Alors que la suspension des réseaux sociaux décidée le 17 février par la Haute Autorité de la Communication (HAC) continue de diviser l’opinion, Lewis Bachama propose une alternative structurelle : la mise en place d’une police numérique spécialisée au Gabon. Selon ce consultant financier et économique, la coupure généralisée ne traite pas le problème à sa source et pourrait coûter plus d’un milliard de FCFA par jour à l’économie nationale.

La décision de la Haute Autorité de la Communication (HAC), réunie en séance plénière ordinaire le 17 février 2026, de suspendre les réseaux sociaux au Gabon, officiellement pour lutter contre les propos haineux, la diffamation et la désinformation, soulève une question de fond : « Traite-t-on réellement le problème à sa source ? », interroge Lewis Bachama.

Pour lui, la coupure généralisée pénalise l’ensemble des citoyens, des entreprises, des médias, des étudiants et des entrepreneurs, pour des dérives imputables à une minorité. « Cette approche revient à attraper le serpent par la queue », estime-t-il, dénonçant une réponse axée sur les effets plutôt que sur les causes.

Un risque économique sous-estimé

Le consultant rappelle que le PIB du Gabon est estimé à environ 13 000 milliards de FCFA en 2025, dont près de 3 % proviendraient de l’économie numérique. Il avance que « les pertes économiques liées à cette suspension peuvent atteindre plus d’un milliard de FCFA en un seul jour ». Dans un contexte où une part significative des commerçants et prestataires de services utilisent les réseaux sociaux comme principal canal de vente et de communication, la mesure pourrait freiner l’innovation et affaiblir la compétitivité nationale.

Des modèles africains alternatifs

Lewis Bachama cite plusieurs pays africains ayant opté pour une régulation ciblée plutôt qu’une suspension globale. Au Rwanda, une Cybercrime Unit intégrée à la Police nationale est chargée de la surveillance du cyberespace et de la lutte contre les infractions numériques, en application notamment de la loi n°26/2017 portant création de l’Office national pour la cybersécurité.

Au Nigeria, la Cybercrime Unit de la Nigeria Police Force agit sur la base du « Cybercrimes (Prohibition, Prevention, etc.) Act, 2015 », privilégiant la traçabilité et la sanction individuelle.

En Afrique du Sud, la Cybercrime Unit de la South African Police Service (SAPS) joue un rôle central dans la lutte contre la désinformation et les infractions numériques, dans un cadre judiciaire structuré. Enfin, le Maroc s’appuie sur la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) pour traiter les problématiques de cybercriminalité, sans recourir à des coupures généralisées.

Vers une cyberpolice gabonaise ?

Pour Lewis Bachama, le Gabon gagnerait à s’inspirer de ces modèles en mettant en place une unité nationale de police numérique spécialisée, des enquêteurs formés aux techniques d’investigation digitale, des outils technologiques de veille et de traçabilité et un renforcement du cadre juridique des infractions numériques.

L’objectif serait de sanctionner individuellement les auteurs de dérives, tout en préservant la liberté d’expression garantie par l’article 14 de la Constitution. Dans un monde où le numérique est devenu un levier économique, éducatif et démocratique majeur, la réponse aux abus doit être proportionnée et techniquement outillée. À défaut, la régulation pourrait se transformer en frein au développement.

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

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