Suspension des réseaux sociaux : ces milliers de Gabonais qui paient déjà la note
Au-delà du débat institutionnel, la suspension des réseaux sociaux décidée par la Haute Autorité de la Communication (HAC) affecte directement l’économie informelle et numérique. Photographes, coiffeuses, restaurateurs, transporteurs, étudiants et médias en ligne voient leur activité brutalement freinée. Dans un pays où le chômage des jeunes dépasse les 30 %, la question se pose : fallait-il pénaliser toute une population pour les dérives de quelques-uns ?
La décision de la Haute Autorité de la Communication de suspendre les réseaux sociaux ne se limite pas à un débat juridique. Elle touche le quotidien de milliers de Gabonaises et de Gabonais qui ont fait des plateformes du groupe Meta Platforms – Facebook, WhatsApp, Instagram, Messenger – leurs principaux outils de travail.
Les petits montants qui font vivre
À Libreville, à Port-Gentil ou à Franceville, de jeunes photographes couvrent des cérémonies, des anniversaires ou des événements familiaux. Une fois les clichés réalisés, ils envoient les photos via WhatsApp, contre 1 000 ou 2 000 FCFA par shoot. Des montants modestes, mais qui, multipliés, permettent de payer un loyer, un transport, un repas.
La coupure de WhatsApp n’est pas qu’une contrainte technique : elle bloque un modèle économique simple, rapide et accessible. Qui compensera ces pertes journalières pour ces jeunes souvent sans emploi formel ?
Éducation et communication perturbées
De nombreux établissements privés et centres de formation utilisent WhatsApp pour transmettre cours, emplois du temps et supports pédagogiques. Les étudiants reçoivent leurs documents en temps réel, parfois dans des zones où l’accès à d’autres plateformes est limité.
La suspension ralentit ces échanges. Dans un système éducatif déjà fragilisé par des grèves répétées, le numérique jouait un rôle d’appoint précieux. Là encore, l’impact dépasse la simple sphère des réseaux sociaux.
Commerces et services dépendants des plateformes
Salons de coiffure, restaurants, vendeurs de vêtements, traiteurs, transporteurs : la majorité communique aujourd’hui via Facebook et WhatsApp. Les menus du jour sont envoyés par message, les promotions publiées en story, les rendez-vous fixés par Messenger.
Pour beaucoup, ces plateformes sont plus efficaces et moins coûteuses qu’une publicité traditionnelle. Elles constituent parfois l’unique vitrine commerciale. La suspension équivaut à fermer temporairement leur boutique numérique.
Médias en ligne : diffusion stoppée
Les médias numériques diffusent principalement leurs contenus via Facebook, Instagram et WhatsApp. Leur audience, leur monétisation et leur visibilité dépendent largement de ces canaux. Couper ces plateformes revient à réduire drastiquement leur capacité de diffusion, donc leurs revenus publicitaires et leur contribution à l’employabilité des jeunes journalistes et techniciens du numérique.
Une sanction collective ?
La question de fond demeure : pour les comportements répréhensibles de quelques citoyens, était-il nécessaire de priver des milliers d’autres de leur principal outil de subsistance ?
Dans un pays où le taux de chômage des jeunes dépasse 30 %, le numérique est devenu un levier d’auto-emploi, d’innovation et de résilience. Le freiner brutalement, même temporairement, a un coût social.
La régulation des dérives numériques est un impératif. Mais elle appelle des réponses ciblées, proportionnées et techniquement encadrées. À défaut, la facture économique et sociale risque d’être supportée par ceux qui n’ont ni tribune politique ni protection institutionnelle : les jeunes qui se débrouillent, au jour le jour, grâce à un smartphone et une connexion.








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