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Santé mentale : la dépression, seule maladie connue des africains ?

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Depuis quelques années, la santé mentale commence timidement à sortir de l’ombre en Afrique. Ce sujet longtemps entouré de silence, de peur et de croyances mystiques est désormais évoqué dans les médias, les familles et surtout sur les réseaux sociaux. Cette évolution bien que positive révèle une réalité préoccupante dans l’imaginaire collectif, notamment que la dépression est la seule maladie mentale  aujourd’hui reconnue et socialement acceptable. 

Dès qu’une personne traverse une période de mal-être, de fatigue émotionnelle ou de découragement, le diagnostic tombe presque automatiquement, c’est la dépression.  Comme si, en matière de santé mentale, il n’existait qu’un seul mot, une seule explication, une seule maladie.  En effet, il est important de le rappeler, la dépression est une maladie grave qui touche 5% des adultes mondialement selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle affecte le corps, l’esprit et peut conduire à des conséquences dramatiques, notamment le suicide. La reconnaître est un progrès. Mais la réduire à l’unique trouble mental existant est une erreur.

Une parole qui se libère, mais une vision encore limitée

Les professionnels de la santé mentale rappellent que le mal-être psychologique ne se manifeste pas de la même manière chez tout le monde. De ce fait,  confondre tristesse passagère, stress chronique et dépression profonde empêche une compréhension juste de la santé mentale et freine l’accès à des soins adaptés. l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), précise qu’il existe de nombreux troubles mentaux et près d’une personne sur sept dans le monde présente un trouble mental. Parmi eux figurent, les troubles anxieux, caractérisés par des peurs excessives, des crises d’angoisse et une inquiétude permanente,  les troubles dépressifs, marqués par une tristesse intense et durable. 

Également les troubles bipolaires, avec une alternance de phases d’excitation extrême et de profonde dépression, les troubles psychotiques, comme la schizophrénie, qui altèrent la perception de la réalité, les troubles liés au stress, notamment le stress post-traumatique, les addictions et les troubles du comportement alimentaire. Chaque trouble possède ses propres symptômes et nécessite une prise en charge spécifique. Les regrouper sous une seule étiquette est non seulement faux, mais dangereux.

Les réseaux sociaux un espèce d’auto-diagnostic ?

Le phénomène prend une ampleur inquiétante sur les réseaux sociaux. En effet,  chaque vidéos, publications et témoignages deviennent des outils de diagnostic improvisés. Ainsi, sans consultation médicale, beaucoup s’auto-identifient comme dépressifs. Conséquence, une confusion généralisée et une population persuadée d’être malade, parfois à tort, ou mal orientée vers des solutions inadaptées. Cette pratique banalise la maladie, renforce l’angoisse collective et retarde l’accès aux soins pour ceux qui souffrent réellement d’autres troubles mentaux.

Au Gabon, la question de la santé mentale reste encore largement sous-estimée. Les structures spécialisées sont peu nombreuses, les professionnels insuffisants, et la stigmatisation demeure forte. Dans de nombreuses familles, consulter un psychologue ou un psychiatre reste perçu comme un aveu de faiblesse ou de folie. La montée du discours sur la dépression, notamment chez les jeunes, traduit une volonté de mettre des mots sur la souffrance. 

Mais sans encadrement médical, cette tendance risque de masquer d’autres troubles mentaux et d’aggraver le malaise social. Il est urgent de mieux informer, éduquer, former et rappeler que seul un professionnel qualifié peut poser un diagnostic. La santé mentale mérite plus qu’un mot à la mode, elle mérite une vraie politique de prise en charge et de prévention.

Geneviève Dewuno Edou

Diplômée en journalisme,je suis chargée des rubriques Santé en plus d’être l’une des voix derrière de nombreux reportages de GMTtv. L'écriture, la pose de voix, la présentation du Journal télévisé sont les principales tâches que j’exécute et pour lesquelles je mets mes capacités au quotidien au profit de la rédaction de Gabon Media Time.

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