Protection des données personnelles : encore 1 000 FCFA pris dans les poches des Gabonais
Taxe forfaitaire d’habitation, Contribution foncière unique, Contribution pour l’amélioration du cadre de vie …, bref. Les gabonais sont de plus en plus asphyxiés par la fiscalité alors que dans le même temps les revenus stagnent. Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement, une nouvelle redevance annuelle de 1 000 Fcfa, au titre de la protection des données à caractère personnel et de la vie privée vient s’ajouter aux prélèvements déjà supportés par les ménages. Si l’objectif de sécuriser les informations privées à l’ère du numérique, peut sembler légitime, la méthode, elle, interroge. Car au Gabon, les taxes se multiplient plus vite que les résultats perceptibles.
En vigueur depuis l’exercice 2025, la Redevance pour la Protection des Données Personnelles et de la Vie Privée qui devrait à nouveau rapporter 4,8 milliards de FCFA cette année, suscite la controverse au sein de l’opinion publique depuis son prélèvement le 10 février 2026, via les téléphones mobiles et fixes, les microfinances et les banques. Sur le papier, la mesure repose sur une base légale dûment adoptée. Dans les faits, elle est perçue par nombre d’usagers comme une ponction supplémentaire, décidée sans véritable débat public.
Dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie, chaque franc compte. Et lorsque l’État ou ses démembrements instaurent de nouvelles contributions, la question n’est plus seulement juridique : elle est sociale et politique. Le citoyen veut comprendre à quoi sert ce qu’il paie, et surtout, voir les effets concrets. Pour le gouvernement, cette taxe vise à financer la protection des données personnelles et la vie privée. Une terminologie bien lointaine pour le citoyen lambda, dont l’urgence est de voir son pouvoir d’achat augmenter et la qualité des services publics améliorée.
L’AGUB reçue en audience, mais après coup
Reçue en audience le 5 février 2026 par les responsables de l’Autorité, l’Association Gabonaise des Usagers des Banques (AGUB) affirme avoir obtenu des clarifications sur la redevance annuelle de 1 000 FCFA. Selon son communiqué du 12 février, les échanges ont porté sur la base légale du dispositif, ses objectifs en matière de protection des données, les modalités de financement et l’importance stratégique de la sécurisation des informations personnelles.
L’AGUB salue l’ouverture au dialogue et la disponibilité des responsables de l’Autorité. Mais derrière cette courtoisie institutionnelle, un reproche de fond demeure : l’association regrette de ne pas avoir été associée en amont à l’élaboration de la mesure. « Ce n’est qu’après l’adoption du dispositif légal que notre organisation a été sollicitée », souligne-t-elle. Une précision lourde de sens. Car consulter après avoir décidé n’est pas consulter : c’est informer.
Une taxe de plus, des bénéfices invisibles
À l’heure des fraudes bancaires, des piratages et des usurpations d’identité, la sécurisation des systèmes numériques relève de l’intérêt général. Mais la question centrale reste de savoir si les populations ressentent les bénéfices des contributions qu’on leur demande. Au Gabon, la perception dominante est celle d’une inflation de taxes et redevances sans amélioration tangible du service public correspondant.
L’AGUB a lancé une consultation publique sur ses plateformes numériques afin de recueillir les avis des usagers. Les conclusions seront transmises aux autorités compétentes. Preuve que le débat dépasse la simple somme de 1 000 FCFA et touche désormais la gouvernance, la transparence et la légitimité des décisions publiques. Protéger les données personnelles est certes un impératif à l’heure du tout numérique, mais protéger le pouvoir d’achat l’est tout autant. Car à force d’additionner les prélèvements sans pédagogie ni concertation réelle, aboutit à transformer chaque nouvelle mesure en source de défiance.








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