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Programme FMI : le Conseil des ministres acte le virage, mais à quel prix social ?

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Le Conseil des ministres a officiellement entériné l’ouverture prochaine de discussions en vue d’un programme avec le Fonds monétaire international (FMI). Un tournant assumé par l’exécutif, salué par les marchés financiers, mais porteur de risques sociaux majeurs. Derrière la discipline budgétaire annoncée, quelles lignes rouges l’État gabonais est-il prêt à défendre ?


C’est désormais acté. Sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, le Conseil des ministres a validé l’orientation stratégique vers un programme avec le Fonds monétaire international. Le Chef de l’État a exhorté le ministre de l’Économie à prendre toutes les dispositions nécessaires pour une mise en place effective du dispositif. Le signal envoyé aux partenaires financiers est clair. Mais dans un pays traversé par des tensions sociales persistantes, la question centrale demeure : qui paiera l’ajustement ?

Discipline budgétaire : le FMI, juge de paix des finances publiques

L’adhésion à un programme FMI implique une trajectoire de redressement crédible : maîtrise des déficits, amélioration des recettes, réduction des déséquilibres structurels. Dans les faits, cela se traduit souvent par des conditionnalités strictes. Le Conseil assume un discours de vérité, évoquant explicitement les « tensions de trésorerie » de l’État. Autrement dit, les marges sont étroites, et les arbitrages inévitables.

Premier front sensible : les dépenses sociales. Éducation, santé, action sociale concentrent déjà l’essentiel des revendications syndicales. Toute compression brutale de crédits, tout retard de paiement ou gel de programmes exposerait le gouvernement à une reprise immédiate des conflits. L’exécutif affirme vouloir protéger ces secteurs. Reste à savoir si cette promesse tiendra face aux exigences de consolidation budgétaire.

Masse salariale : le tabou de l’ajustement

Autre point de friction : la masse salariale publique. Le FMI pousse traditionnellement à son encadrement strict. Or, le Gabon fait face à des situations administratives chaotiques : agents non payés, sans affectation, rappels en attente. Réduire ou geler la masse salariale sans résoudre ces anomalies reviendrait à sanctuariser l’injustice administrative. Le risque politique est élevé.

La lutte contre la vie chère est érigée en priorité présidentielle, avec la Centrale d’achat du Gabon et des mécanismes de régulation. Mais les subventions – alimentaires, énergétiques – figurent historiquement dans le viseur du FMI. Leur rationalisation, si elle n’est pas finement ciblée, pourrait se traduire par une hausse directe des prix pour les ménages. Une ligne rouge sociale que l’exécutif devra clairement tracer.

Fiscalité : qui sera mis à contribution ?

Dernier levier, et non des moindres : la fiscalité. L’élargissement de l’assiette est souvent présenté comme une alternative aux coupes budgétaires. Mais l’introduction ou le renforcement de taxes – logement, consommation, services – pèserait d’abord sur les classes moyennes et populaires. Sans réforme parallèle de l’État et lutte crédible contre les niches et rentes, l’ajustement fiscal serait socialement explosif.

En validant l’option FMI, le Conseil des ministres fait le choix de la crédibilité financière. Reste à transformer cette contrainte en opportunité de réforme, sans sacrifier la cohésion sociale. La réussite du programme dépendra moins des tableaux macroéconomiques que de la capacité de l’État à définir et respecter ses lignes rouges : protéger les plus vulnérables, corriger les injustices administratives et faire porter l’effort là où se concentrent les rentes. Le FMI est un outil. Le coût social, lui, sera un choix politique.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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