Port-Gentil : 507 agents en situation irréguliers, l’alerte rouge de la gestion du personnel municipal
Deuxième ville du pays, capitale économique du Gabon, Port-Gentil expose aujourd’hui au grand jour une dérive administrative grave, symptomatique d’un laisser-aller de l’État central dans la gestion des collectivités locales. Les conclusions de l’audit interne lancé par le nouveau maire, Pascal Houangni Ambouroué, sont sans appel : 507 agents municipaux, soit près de la moitié des effectifs de l’Hôtel de Ville, seraient en situation administrative irrégulière.
Dans une note d’information en date du 5 février, le premier magistrat communal reconnaît l’existence « d’incohérences administratives » dans la gestion des agents publics de la commune. Pire encore, l’audit révèle que ces agents perçoivent des rémunérations alors même que leurs dossiers administratifs sont inexistants ou incomplets, faute de cadre normatif clair et de procédures respectées. Autrement dit, l’irrégularité est devenue la norme, et la norme, l’exception.
Comment expliquer qu’une collectivité aussi stratégique que Port-Gentil ait pu fonctionner pendant des années avec une telle masse d’agents sans situation administrative conforme ? Comment justifier que plus de 60 % du budget municipal soient engloutis par des salaires, laissant la commune exsangue pour l’investissement, l’entretien urbain et les services de base ?
La tutelle ne peut plus se taire
Ce dossier dépasse largement le cadre municipal. La gestion des personnels des collectivités locales relève directement de la tutelle de l’État, au premier rang de laquelle figure le ministère de l’Intérieur. Le silence de l’administration centrale face à ce chaos administratif est désormais intenable.
Le maire a fait sa part : il a osé ouvrir la boîte de Pandore. Il a engagé un audit, mis les chiffres sur la table et annoncé le passage de ces 507 agents devant la Commission administrative paritaire (CAP), conformément aux textes. Mais il serait illusoire de croire qu’une mairie, seule, pourra absorber le choc politique, social et budgétaire d’une telle opération.
Sans un accompagnement ferme et clair du ministère de l’Intérieur, cette démarche salutaire risque de se heurter à des pressions multiples, des blocages administratifs et des résistances organisées.
Port-Gentil n’est pas un laboratoire de l’improvisation
Il est inadmissible que la deuxième ville du pays serve de terrain d’expérimentation à la désinvolture administrative. À Port-Gentil, l’État ne peut pas continuer à regarder ailleurs pendant que les règles élémentaires de gestion publique sont piétinées.
Cette affaire pose une question centrale : où était la tutelle pendant toutes ces années ? Qui a laissé prospérer ce système bancal ? Et surtout, qui assumera la responsabilité politique et administrative de cette dérive ?
L’heure des décisions courageuses
Le ministère de l’Intérieur est aujourd’hui interpellé. Il ne s’agit plus de discours sur la rigueur ou la restauration de l’autorité de l’État, mais d’actes concrets : audit national des situations administratives des collectivités locales, clarification du cadre normatif, régularisation ou assainissement assumé, et accompagnement budgétaire des communes.
Port-Gentil a ouvert la voie de la vérité. À l’État central désormais de répondre, sans faux-semblants. Car on ne bâtit ni des villes, ni des institutions solides, sur l’irrégularité, l’opacité et le renoncement administratif.









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