Numérique et intelligence artificielle : l’Italie avance, le Gabon temporise
Pendant que l’Italie structure méthodiquement sa gouvernance de l’intelligence artificielle, le Gabon semble encore chercher le fil conducteur de sa stratégie numérique. En adoptant, dès septembre 2025, une loi nationale sur l’IA venue compléter l’AI Act européen, Rome s’est imposée comme le premier État membre à doter son écosystème numérique d’un cadre juridique clair, assumé et opérationnel. Une démarche qui tranche avec l’approche encore fragmentée observée à Libreville.
Entrée en vigueur le 10 octobre 2025, la loi italienne repose sur une philosophie « anthropocentrique » : l’intelligence artificielle doit rester un outil au service de l’humain et ne jamais se substituer à la décision humaine dans les domaines sensibles. Transparence des algorithmes, responsabilité des concepteurs, sécurité des systèmes, protection des droits fondamentaux : tout est posé noir sur blanc. Mieux encore, l’Italie a confié la mise en œuvre à des institutions clairement identifiées, l’Agenzia per l’Italia Digitale et l’Agenzia per la Cybersicurezza Nazionale, avec des compétences précises et des mécanismes de contrôle assumés.
Et au Gabon, quelle boussole numérique ?
La comparaison interroge. Car au Gabon, les outils institutionnels existent. Le pays dispose d’une Agence nationale des infrastructures numériques et des fréquences, d’une Société d’incubation numérique du Gabon, et même d’un ministère dédié au Numérique. Sur le papier, l’architecture est là. Mais dans les faits, quelle est la vision politique portée par ces instruments ? Quelle stratégie nationale cohérente encadre aujourd’hui l’usage de l’intelligence artificielle dans l’administration, l’éducation, la santé, la justice ou les médias ?
À l’heure où les algorithmes s’invitent dans la gestion publique, où les deepfakes brouillent la frontière entre information et manipulation, et où les données personnelles deviennent une ressource stratégique, le silence normatif devient un risque. Sans cadre clair, l’IA peut tout aussi bien être un levier de modernisation qu’un facteur d’arbitraire, d’exclusion ou d’atteinte aux libertés.
Absence de cadre, risque de dérive
Contrairement à l’Italie, le Gabon ne dispose pas, à ce jour, d’une loi spécifique sur l’intelligence artificielle. Ni d’un observatoire indépendant chargé d’évaluer ses impacts sur l’emploi, la gouvernance ou les droits fondamentaux. Ni même d’un débat public structuré sur les usages acceptables et les lignes rouges à ne pas franchir. Cette absence de cap nourrit une impression de pilotage à vue, où les annonces technologiques peinent à se traduire en politiques publiques mesurables.
La question n’est donc pas de savoir si le Gabon doit copier le modèle italien. Mais plutôt de s’interroger sur ce qu’il veut faire de l’IA : un simple slogan de modernité, ou un véritable projet de société encadré, souverain et protecteur des citoyens ?
Le temps des choix politiques
L’exemple italien montre qu’il est possible de concilier innovation, compétitivité économique et protection des droits. Encore faut-il une volonté politique claire, des textes contraignants, des institutions responsabilisées et des moyens alignés sur les ambitions affichées.
À défaut, le risque est grand de voir l’intelligence artificielle s’imposer au Gabon sans règles, sans contrôle et sans débat, au détriment de la confiance citoyenne. Dans un monde où la technologie avance plus vite que le droit, ne pas décider, c’est déjà choisir. Reste à savoir si le Gabon entend subir cette révolution numérique ou enfin la gouverner.









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