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Nicaise Moulombi : «Les Fonds RES doivent devenir un pilier de la stabilité macroéconomique du Gabon»

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À l’heure où le Gabon affirme son ambition de devenir une « superpuissance verte », l’opérationnalisation des fonds de réhabilitation des sites extractifs s’impose comme un enjeu central. Entre souveraineté économique, stabilité macroéconomique et crédibilité environnementale, la note de position portée par la société civile éclaire les choix structurants attendus de l’État dans le cadre du nouveau pacte environnemental.

Depuis trois décennies, le Gabon s’est imposé sur la scène internationale comme un acteur engagé en faveur du développement durable, de la protection de la biodiversité et de la gouvernance des ressources naturelles. De la conservation des forêts – véritables puits de carbone – à la gestion durable des écosystèmes marins, en passant par des engagements climatiques ambitieux dans le cadre des Contributions déterminées au niveau national (CDN), le pays a posé des jalons reconnus par ses partenaires.

Souveraineté sur les ressources et signaux forts de l’État

Avec l’avènement de la Ve République, ces acquis sont désormais appelés à être consolidés et accélérés. Le projet de société du président Brice Clotaire Oligui Nguema place la transformation de la gouvernance et des institutions au cœur de l’action publique, dans une logique de souveraineté économique assumée et de valorisation durable des richesses nationales.

Dans cette dynamique, le chef de l’État a rappelé le principe fondamental de la souveraineté permanente des peuples sur leurs ressources naturelles, consacré par la Résolution 1803 de l’Assemblée générale des Nations unies. Cette doctrine s’est traduite par des mesures à forte portée nationale : inscription des métaux précieux au budget de l’État, interdiction programmée de l’exportation du manganèse brut à compter de 2029, publication intégrale des conventions minières signées entre 2010 et 2024, mais aussi annonces majeures relatives au rapatriement des fonds de réhabilitation des sites extractifs, dits Fonds RES.

Ces décisions s’inscrivent dans un contexte sous-régional marqué par la fragilité des équilibres macroéconomiques de la zone CEMAC. Lors des sommets extraordinaires des chefs d’État, à Yaoundé en décembre 2024 puis à Brazzaville en janvier 2026, la question du rapatriement des devises et des Fonds RES vers la Banque des États de l’Afrique Centrale a été clairement posée comme une priorité stratégique.

Des fonds clés encore hors de portée

Estimés entre 3 000 et 6 000 milliards de FCFA à l’échelle de la CEMAC, les Fonds RES demeurent en grande partie logés dans des établissements bancaires internationaux. Leur rapatriement constitue pourtant un levier décisif pour renforcer les réserves de change, soutenir la stabilité financière régionale et mobiliser des ressources additionnelles au service du développement.

Pour le Gabon, l’enjeu est double : sécuriser le financement de la réhabilitation des sites pétroliers et miniers, conformément aux cadres législatifs existants, tout en intégrant ces fonds dans une stratégie plus large de croissance économique verte. Si les lois sur les hydrocarbures et le secteur minier encadrent déjà ces obligations, leur applicabilité effective reste un défi majeur.

Capitaliser sur les acquis et structurer l’avenir

Le pays dispose néanmoins d’atouts. Entre 2018 et 2020, le Gabon a mené avec succès la première phase du Programme national d’évaluation environnementale des sites industriels et des services environnementaux (PESISE), financé par la Banque africaine de développement. Cette initiative pionnière a permis de renforcer les capacités nationales en matière de développement durable et d’appuyer l’Observatoire de promotion du développement durable des industries.

Dans une note de position structurée, la société civile, à travers Croissance Saine Environnement et ses réseaux partenaires, appelle désormais à franchir un cap. Parmi les priorités identifiées : finaliser le cadre national de pilotage des Fonds RES, élargir le rapatriement aux sites miniers, accélérer la transition énergétique, déployer les réformes structurelles du Programme national de croissance et de développement, et lancer la phase II du PESISE.

Un test de crédibilité pour le nouveau pacte environnemental

Au-delà des dispositifs techniques, l’opérationnalisation des fonds de réhabilitation des sites apparaît comme un test de crédibilité pour le nouveau pacte environnemental du Gabon. Elle conditionne la confiance des partenaires, l’attractivité des investissements et l’adhésion des communautés impactées par les activités extractives.

Dans un contexte de dialogue renforcé avec le FMI et de réformes engagées sur la transparence des industries extractives, la capacité de l’État à rapatrier, sécuriser et utiliser efficacement ces fonds dira beaucoup de la trajectoire choisie. Entre ambition verte et exigence de gouvernance, le Gabon joue ici une séquence déterminante pour son avenir économique et environnemental.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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