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Médiateur de la République : une fonction à 2,8 millions par mois pour des résultats invisibles 

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Longtemps marginalisée dans l’architecture institutionnelle, la fonction de Médiateur de la République illustre un paradoxe persistant au sommet de l’État. Peu considérée par les acteurs politiques et les institutions, la Médiature a même été laissée vacante durant plusieurs années. Après le départ de Laure Olga Gondjout, le poste n’a été pourvu qu’en avril 2023, avec la nomination d’Alexis Boutamba Mbina, toujours en fonction. Ce long silence institutionnel traduisait déjà le peu d’intérêt accordé à un organe pourtant central dans la régulation des tensions entre citoyens et pouvoirs publics.

Autorité administrative indépendante, la Médiature de la République est présentée comme une garante de la paix sociale, chargée de résoudre, par le dialogue, les différends opposant les populations à l’administration. Dans un contexte marqué par des crises sociales récurrentes, son rôle aurait dû être visible et déterminant. Or, sur le terrain, l’institution demeure largement effacée, sans résultats mesurables ni interventions notoires. Cette discrétion contraste fortement avec les moyens financiers alloués à ses responsables, parmi les plus élevés de la République.

Des rémunérations élevées pour une institution peu visible

Le décret n°00008/PR/MRRI du 8 janvier 2026 fixe clairement les traitements et avantages du Médiateur de la République et de son adjoint. Dans le détail, le solde forfaitaire global du Médiateur de la République est fixé à 2,85 millions de FCFA par mois, tandis que son adjoint perçoit 2 millions de FCFA. À ces montants s’ajoutent les charges relatives au traitement salarial des membres de cabinets. Celui du Médiateur affiche une masse salariale mensuelle de 6 550 000 FCFA, répartie entre plusieurs personnes parmi lesquelles le secrétaire particulier, le directeur de cabinet, les chargés d’études, aide de camp, chauffeur et autres personnels, entre autres.

 Le cabinet de l’adjoint mobilise, pour sa part, 2 450 000 FCFA. Un dispositif financier conséquent, dont l’impact réel sur la médiation sociale demeure, à ce jour, difficilement perceptible. Il faut dire que durant le Dialogue national inclusif, la question du rôle de la médiature de la République a clairement été évoquée. Beaucoup ont proposé sa suppression afin de dégager des économies. À l’heure où le pays aborde un tournant critique dans la soutenabilité de ses finances publiques et que les besoins dans des secteurs tels que l’éducation et la santé sont prégnants, cette demande devrait faire l’objet d’une reconsidération. 

Karl Makemba

Engagé et passionné, Karl Makemba met son expertise et sa plume au service d’une information rigoureuse et indépendante. Fidèle à la mission de Gabon Media Time, il contribue à éclairer l’actualité gabonaise avec une analyse approfondie et un regard critique. "La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute société libre." – Kofi Annan

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