Mbigou : radiographie d’une cité en perte d’attractivité
Hier cité prospère et fière, Mbigou semble aujourd’hui reléguée aux marges du développement. Entre exode rural, infrastructures délabrées et perte de repères collectifs, la capitale de la Boumi-Louetsi donne le sentiment d’un abandon progressif. Mais au-delà des responsabilités publiques, la question posée est aussi celle de l’engagement de ses propres fils.
Il fut un temps où Mbigou n’avait rien d’une ville périphérique. Dans les années 80, elle respirait la stabilité, l’harmonie sociale et une certaine idée du vivre-ensemble. Les routes bitumées lui donnaient une allure moderne, l’électricité fonctionnait sans drame quotidien, et l’eau, puisée aux rivières, ne constituait pas une crise existentielle. On pouvait y vivre, y travailler et s’y projeter sans ressentir l’urgence de « monter » à Libreville.
Cette époque n’était pas seulement celle d’infrastructures fonctionnelles. Elle était aussi celle d’un tissu social soudé, de familles enracinées et de valeurs transmises sans rupture. Mbigou était une ville où l’on restait par choix, pas par défaut.
De cité rayonnante à ville en retrait
Aujourd’hui, le contraste est brutal. Les routes sont dégradées, les projets annoncés s’enlisent, les équipements publics se raréfient. L’exode rural a vidé des quartiers entiers. Les maisons ferment, les concessions se taisent, les rires d’enfants se font plus rares.
La modernité, recherchée ailleurs, a déserté le cœur de la ville. L’électricité demeure instable, l’accès à l’eau relève parfois de l’approximation, et les infrastructures structurantes se font attendre. Mbigou n’est plus ce pôle attractif d’antan ; elle donne le sentiment d’être en retrait du mouvement national.
Plus grave encore : l’envie collective semble s’éroder. Les jeunes partent, les familles suivent, et la ville s’efface doucement dans l’imaginaire de ses propres enfants.
L’abandon n’est pas qu’institutionnel
Il serait commode d’incriminer exclusivement l’État. Les carences existent, les retards sont visibles, et les attentes sont légitimes. Mais réduire le déclin de Mbigou à une seule responsabilité publique serait un raccourci.
Une ville vit aussi par l’engagement de ses habitants, par l’investissement de sa diaspora, par la capacité de ses élites locales à porter des projets et à défendre ses intérêts. Lorsque les cadres se détournent, lorsque les initiatives privées se raréfient, lorsque l’on ne revient plus construire, entreprendre ou transmettre, la ville s’étiole. Mbigou ne se meurt pas seulement de l’insuffisance d’infrastructures. Elle souffre d’un déficit d’impulsion collective.
Réapprendre à croire en Mbigou
Si Mbigou pouvait parler, elle ne réclamerait pas seulement des routes ou des bâtiments. Elle demanderait une vision, un sursaut, une reconquête. Car aucune cité ne renaît sans la volonté de ses propres fils.
Le temps n’est plus à la nostalgie. Il est à la mobilisation. Reconnaître le retard, oui. Mais surtout, décider de le combler. Réinvestir, créer, défendre, exiger et participer.
Mbigou n’est pas condamnée à devenir une parenthèse dans l’histoire. Elle peut redevenir un projet. À condition que ses enfants cessent de la regarder comme un souvenir… et recommencent à la considérer comme un avenir









GMT TV
[youtube-feed feed=2]