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L’instauration des parkings payants au Gabon : quid de la transparence de l’action publique ?

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Lors de son allocution du 31/12/2025, le Chef de l’Etat gabonais annonçait un certain nombre de mesures visant à renflouer les caisses de l’Etat parmi lesquelles l’instauration de parkings payants à Libreville. Si la problématique du stationnement en plein centre-ville n’est pas nouvelle et de nombreuses voix sont montées au créneau par le passé afin de soumettre cette problématique aux autorités, cette mesure fait l’effet d’une bombe au sein de l’opinion publique tant ses modalités de mise en œuvre officielles sont méconnues à ce jour. Or, cette façon de procéder interroge le principe de transparence de l’action publique qui commande à nos autorités de mettre à la disposition des citoyens les éléments de compréhension de l’action qui est menée.

Cette question de transparence est d’autant plus cruciale au cas d’espèce que l’instauration des parkings pose toute une série de problématiques économiques et sociales qu’il convient de prendre en compte. 

Tout d’abord, le choix de ou des sociétés qui prendront en charge ce marché public. En effet, si de manière évidente, la Mairie est la collectivité qui porte le projet du fait des pouvoirs de police du Maire, elle contractera nécessairement des marchés avec des sociétés en charge de sa mise en œuvre technique comme l’installation de parcmètres chargés de collecter une redevance pour le service rendu et la construction des parkings qui, rappelons-le, sont inexistants à ce jour. Dans ces conditions, avons-nous la certitude que les règles de transparence de passation des marchés publics seront respectées ? Par ailleurs, les appels d’offres feront-ils réellement l’objet d’une publication publique via une plateforme dématérialisée et accessible à tous ?

Ensuite, il y a toute la question de l’utilisation des redevances collectées auprès des usagers de la voie publique. En effet, les modalités de mise en œuvre de ce projet sont méconnues à ce jour, la Mairie de Libreville n’ayant pas encore communiqué officiellement sur ce projet. Toutefois, la corruption gangrène la gouvernance locale au Gabon. L’impunité criante des affaires de détournements de fonds publics, ainsi que l’opacité de la gestion des deniers publics par ses autorités renforcent la crainte des populations d’une utilisation inefficace de l’argent collecté. En outre, quelles seront les moyens juridiques de contestation d’une amende au titre du stationnement payant des usagers ? Ce contentieux pourra-t-il convenablement être porté devant la juridiction administrative territorialement compétente ? 

Enfin, l’instauration d’un tel projet pose la question du sort des jeunes gabonais dits « parkeurs » qui travaillent dans ce secteur de manière informelle et n’ont visiblement pas été consultés et/ou intégrés au projet. Or, il pourrait être envisagé leur intervention pour le compte de la collectivité pour les actions qui consistent à procéder aux vérifications requises et aux verbalisations le cas échéant sur le terrain en cas d’infractions. Ce qu’il faut comprendre c’est que ces jeunes ont une réelle expertise terrain à valoriser et que l’Etat gagnerait à en bénéficier. C’est d’ailleurs toute la portée du projet intitulé le « Parking communautaire » de l’Institut Concorde. 

C’est pourquoi l’Institut Concorde invite les autorités gabonaises à reporter la mise en œuvre de cette mesure, afin de se rapprocher des acteurs publics et privés compétents en charge de cette problématique et de conduire une enquête publique transparente et inclusive, indispensable à la compréhension des modalités de déploiement du dispositif.

Une telle démarche apparaît d’autant plus nécessaire que la crédibilité de l’État et la confiance des investisseurs et des partenaires techniques reposent sur la capacité des pouvoirs publics à anticiper les impacts sociaux et économiques de leurs décisions, et à en assurer une exécution rigoureuse et concertée.

Par ailleurs, cette réforme ne saurait faire abstraction des enseignements tirés des expériences passées, notamment celles liées aux opérations de déguerpissements et à l’introduction de la taxe d’habitation dont la perception par l’opinion publique a influé nécessairement sur la popularité du Chef de l’État, Chef du Gouvernement.

Charlène ONGOTHA 

Présidente Institut Concorde

Gabon Media Time

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