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Libreville : Enquêtes, gardes à vue, procédures, le procureur de la République remet les pendules à l’heure

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En se rendant physiquement dans les commissariats et services d’enquête de Libreville, le Procureur de la République, Dick Fabrice Boungou Mikolo, envoie un signal fort : la police judiciaire agit sous l’autorité du parquet. Une reprise en main institutionnelle qui interroge l’équilibre Police–Justice au Gabon, après des années de critiques sur les abus de procédure.

Un parquet sur le terrain, un symbole politique assumé. Sous une pluie tropicale puis un soleil franc, les magistrats du parquet de Libreville ont quitté leurs bureaux pour aller à la rencontre des officiers de police judiciaire (OPJ). Commissariats de Belle-Vue 2 et de Sogatol, Direction générale des Recherches, Brigade Sud : la tournée n’avait rien d’anodin. Elle marque une rupture avec une pratique longtemps critiquée, celle d’un parquet perçu comme distant, cantonné aux prétoires et peu présent dans l’action quotidienne des services enquêteurs.

Au-delà du geste, le message est politique : l’autorité judiciaire entend redevenir visible, audible et pleinement opérationnelle. Dans un contexte où les citoyens dénoncent régulièrement détentions arbitraires et procédures opaques, cette descente sur le terrain sonne comme une volonté de reconquête de crédibilité.

Article 20 : le rappel sans détour de la hiérarchie pénale

Au cœur des échanges, le Procureur a martelé un principe juridique souvent relégué au second plan : la police judiciaire est placée sous la direction du Procureur de la République. En citant l’article 20 du Code de procédure pénale, il n’a laissé place à aucune ambiguïté. Toute enquête doit être portée à la connaissance du parquet dès son ouverture. L’initiative policière reste possible ; l’improvisation judiciaire, non.

Ce rappel ferme vise à mettre un terme à une forme d’autonomie de fait de certains services, où des procédures démarraient sans information préalable du parquet, fragilisant l’ensemble de la chaîne pénale.

Fin de l’autonomie informelle des enquêteurs ?

Le message implicite est clair : les OPJ ne sont pas des acteurs indépendants de l’action pénale, mais des auxiliaires de justice placés sous une direction unique. « Le parquet n’est pas une tour d’ivoire », a insisté le Procureur, revendiquant un partenariat opérationnel fondé sur la hiérarchie et le respect des textes.

Cette clarification pourrait rebattre les cartes dans les rapports Police–Justice, longtemps marqués par des pratiques hétérogènes et parfois contestées par les avocats et les organisations de défense des droits humains.

Le parquet, centre de gravité de l’action pénale

En se positionnant comme point d’entrée obligatoire de toute enquête, le parquet entend redevenir le centre de gravité de l’action pénale : contrôle de la garde à vue, respect des délais légaux, protection des droits fondamentaux. Le Procureur a d’ailleurs rappelé que toute violation des règles engage la responsabilité personnelle de l’agent.

Quel nouvel équilibre Police–Justice au Gabon ?

Cette reprise en main institutionnelle ouvre une nouvelle séquence. Reste à savoir si la pédagogie du parquet sera suivie d’effets durables sur le terrain. Pour les observateurs, l’enjeu est majeur : restaurer l’autorité de la loi sans fragiliser l’efficacité des enquêtes.

En sortant des bureaux, le parquet de Libreville affirme une chose essentielle : l’État de droit ne se décrète pas, il s’exerce. Et il commence par le respect de la hiérarchie judiciaire.

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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