Liberté d’expression : quand la peur s’empare de la population
Née sous le sceau de la rupture et de la restauration de la dignité des gabonais à travers l’instauration d’un véritable État de droit, la Cinquième République naissante est déjà confrontée à un procès en crédibilité. Dans une partie de l’opinion publique, un malaise grandissant s’installe, nourri par le sentiment que la liberté d’expression, pourtant érigée en pilier du renouveau institutionnel, serait en train de se rétrécir. Médias traditionnels, réseaux sociaux et simples échanges citoyens semblent désormais évoluer sous le prisme de la prudence, voire de la crainte, tant les signaux envoyés par l’actualité récente interrogent sur la tolérance réelle à la critique et à la divergence d’opinions.
Cette inquiétude collective s’est amplifiée au fil des interpellations et des incarcérations enregistrées ces dernières semaines. Tout est parti des arrestations de Xavier Ndong Ndong et de Juste Olivier Atsame Ella, deux tradipraticiens jugés et condamnés pour des propos que les autorités estiment de nature à troubler la paix sociale. Par la suite, le passage d’un patron de média dans les locaux du B2, puis l’interpellation en début de semaine des leaders syndicaux Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, ont renforcé un climat de psychose. Ces événements successifs ont eu pour effet immédiat de refroidir l’ardeur de nombreux gabonais, désormais plus réticents à s’exprimer publiquement, que ce soit devant les caméras ou sur les plateformes numériques.
Une parole citoyenne de plus en plus prudente
Dans la rue comme sur les réseaux sociaux, la parole se libère surtout pour exprimer la peur de parler. « Votre pays est trop bizarre, quand les gens parlent, vous les arrêtez et les enfermez ! », s’est indigné un gabonais interrogé par une équipe de Gabon Media Time. Devenue virale, cette déclaration a suscité une vague de réactions. « Un citoyen dans son propre pays a désormais peur de s’exprimer », a commenté un internaute, tandis qu’un autre a renchéri « Ça fait peut-être rire, mais ça montre à quel point la liberté d’expression qu’ils ont brandie n’était juste que pour faire du bruit sur les médias ». Des dizaines de commentaires du même ton ont alimenté le débat, certains allant jusqu’à regretter l’ancien régime, jugé paradoxalement plus permissif en matière de liberté d’expression.
Si les autorités entendent jouer la carte de la fermeté afin de lutter contre la violence verbale et les dérives sur les réseaux sociaux, l’ampleur de la judiciarisation des opinions pose question. Où se situe le juste milieu entre la protection de l’ordre public et la sauvegarde des libertés fondamentales ? Cette interrogation est d’autant plus pressante que l’association SOS Prisonniers Gabon a publiquement tiré la sonnette d’alarme face à la répétition des arrestations de leaders d’opinion. Une alerte sérieuse qui invite le gouvernement à mesurer les conséquences de ses choix, tant sur la confiance des compatriotes que sur l’image du Gabon à l’international.









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