Le paradoxe gabonais : 5e revenu par habitant d’Afrique, mais une pauvreté persistante
Avec un revenu par habitant supérieur à 7 000 dollars, le Gabon se classe parmi les cinq pays africains les plus riches en termes de moyenne statistique. Pourtant, la pauvreté y demeure structurelle, la précarité visible, et les inégalités sociales abyssales. Un écart criant entre performance macroéconomique et réalité quotidienne, que le dernier rapport de la Banque mondiale souligne avec acuité.
Le Gabon est, sur le papier, un pays « à revenu intermédiaire de la tranche supérieure ». Le PIB par habitant le place même devant des géants démographiques comme le Nigeria, le Kenya ou le Ghana. Pourtant, selon les enquêtes les plus récentes, plus d’un Gabonais sur trois vit sous le seuil de pauvreté, et des pans entiers du pays sont confrontés à l’exclusion sociale, au chômage massif des jeunes, à la malnutrition ou encore au manque d’accès à l’eau potable et aux soins de base.
Une richesse concentrée, une pauvreté enracinée
Dans son rapport 2025, la Banque mondiale ne mâche pas ses mots. «Le Gabon reste confronté à des niveaux élevés de pauvreté, d’inégalités et de vulnérabilité, en dépit d’indicateurs macroéconomiques relativement favorables », précise l’institution de Bretton Wood. Autrement dit, la croissance n’irrigue pas le quotidien des populations.
Ce paradoxe s’explique notamment par la concentration extrême de la richesse : une économie dominée par les hydrocarbures, une fonction publique pléthorique et sur-rémunérée, et un secteur privé encore embryonnaire, incapable d’absorber la main-d’œuvre. L’État social est sous-performant, et les mécanismes de redistribution largement captés par les couches déjà favorisées.
« Le modèle économique actuel profite à une minorité et laisse le reste de la population dans une situation de grande vulnérabilité », note un économiste local interrogé par Gabon Media Time.
Une inégalité territoriale aggravante
Le contraste est également territorial : alors que Libreville concentre services, emplois, infrastructures et ressources, les provinces de l’intérieur vivent dans une marginalisation quasi structurelle. Dans certaines zones rurales ou périurbaines, l’accès à l’électricité, aux soins ou à un enseignement de qualité demeure un luxe.
Ce déséquilibre nourrit une fracture sociale croissante et alimente le scepticisme des citoyens à l’égard des institutions. « On nous parle de croissance, mais nos routes sont défoncées, nos écoles délabrées, et nos enfants au chômage », s’indigne un habitant de Mouila dans un échange informel avec Gabon Media Time.
Une relance par la redistribution et l’équité
La Banque mondiale plaide pour un « modèle plus inclusif », reposant sur une meilleure efficacité de la dépense publique, une politique sociale ciblée et la réduction des rentes captives. Pour sortir de ce paradoxe, le pays devra s’attaquer à la racine du problème : l’inégale répartition des richesses et des opportunités.
Car le véritable développement ne se mesure pas seulement en PIB, mais en qualité de vie réelle pour la majorité. Et c’est là, précisément, que le modèle gabonais montre aujourd’hui ses limites.








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