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Landry Abaga Essono : «le problème de la Justice n’est pas l’homme, mais le système»

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Au cœur des critiques récurrentes contre la justice gabonaise, le président du Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag)  appelle à un changement de regard. Pour lui, les dérives observées relèvent moins des individus que d’un système judiciaire profondément défaillant.

Longtemps accusée de tous les maux, corruption, clientélisme, lenteurs, la justice gabonaise est aujourd’hui au centre d’un débat plus profond. Faut-il incriminer les magistrats ou interroger le système dans lequel ils évoluent ? Pour Landry Abaga Essono, président du Syndicat national des magistrats du Gabon (SYNAMAG), la réponse est sans ambiguïté : « le problème de la justice n’est pas uniquement une question d’hommes, c’est avant tout une question d’environnement structurel et de moyens », a-t-il déclaré dans un entretien accordé à l’hebdomadaire L’Aube du 23 mars 2026. 

Un système judiciaire en décalage avec son temps

L’un des premiers constats dressés concerne l’obsolescence du cadre légal. « Notre Code de procédure civile date de 1989 », rappelle-t-il, soulignant un déphasage évident avec les exigences contemporaines. Dans un monde numérisé, la justice gabonaise continue de fonctionner avec des outils et des méthodes hérités d’une autre époque.

À cela s’ajoutent des dysfonctionnements administratifs persistants. L’affaire récente d’un dossier déclaré « introuvable » illustre ces failles. Si, comme le précise L’Aube, le dossier était en réalité « mal classé », cet incident révèle néanmoins « un archaïsme profond » du système de gestion judiciaire.

Des magistrats sous pression dans un système saturé

Autre facteur clé : la surcharge de travail. À titre d’exemple, le Conseil d’État ne compte « pas plus de vingt magistrats », chacun gérant en moyenne une trentaine de dossiers. Dans ces conditions, difficile d’assurer une justice rapide et efficace.

Le manque de moyens humains et matériels, combiné à l’absence de modernisation, alimente les lenteurs et les erreurs. « Les fautes individuelles existent, certes, mais elles sont surtout le symptôme d’un système qui les rend possibles », insiste le magistrat.

Changer de logiciel pour restaurer la confiance

Au-delà du diagnostic, l’enjeu est clair : sortir d’une lecture purement accusatoire. Car, comme le souligne Landry Abaga Essono, « on n’a que la justice de ses moyens et de sa volonté ».

Autrement dit, la réforme de la justice gabonaise ne passera pas uniquement par des sanctions individuelles, mais par une refonte en profondeur du système. Une condition indispensable pour restaurer durablement la confiance des citoyens.

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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