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Guerre en Ukraine : stop à l’enrôlement des jeunes Africains comme « chair à canon »

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Des centaines de jeunes Africains seraient recrutés par des réseaux liés à la Russie pour être envoyés combattre en Ukraine, souvent sous de fausses promesses d’emplois civils. Selon un rapport publié en février 2026 par INPACT, près de 1 500 Africains auraient été enrôlés depuis 2023, dont plus de 300 seraient morts. Face à cette situation, plusieurs gouvernements africains commencent à réagir.

La guerre entre la Russie et l’Ukraine ne se joue plus seulement sur le front militaire. Elle s’étend désormais aux jeunesses vulnérables du continent africain. Selon des données relayées par l’organisation INPACT en février 2026, environ 1 500 Africains auraient été enrôlés entre 2023 et mi-2025 pour combattre aux côtés des forces russes. Parmi eux, 316 auraient trouvé la mort, soit un taux de perte estimé à 22 %. De nombreux autres seraient portés disparus ou injoignables par leurs familles.

Des promesses d’emplois… pour finir au front

Le mécanisme décrit est préoccupant. Des intermédiaires locaux, parfois motivés par un intérêt financier, promettraient à de jeunes Africains des emplois civils en Russie : chauffeurs, ouvriers d’usine, services logistiques, voire opportunités d’études ou d’installation économique.

À leur arrivée, la réalité changerait brutalement. Les recrues seraient envoyées en première ligne sur le front ukrainien, souvent sans formation militaire adéquate. Utilisés comme troupes d’assaut dans des zones à haut risque, ces jeunes deviendraient, selon plusieurs témoignages, de simples variables d’ajustement dans un conflit qui n’est pas le leur. Au moins 35 pays africains seraient concernés. Parmi les nationalités les plus représentées figureraient l’Égypte, le Cameroun, la Gambie, le Burkina Faso et le Kenya.

Des États africains commencent à réagir

Face à la gravité des faits, certains gouvernements ont haussé le ton. Le ministre kényan des Affaires étrangères, Musalia Mudavadi, a annoncé le 10 février 2026 son intention de se rendre à Moscou afin d’évoquer le cas de dizaines de ressortissants kényans, que Nairobi estime avoir été trompés. En octobre 2025, le gouvernement du Kenya avait déjà admis la présence d’environ 200 de ses citoyens dans les forces russes.

En Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa s’est entretenu le 11 février avec Vladimir Poutine afin d’obtenir le rapatriement de 17 ressortissants sud-africains signalés en détresse. Au Cameroun, des mesures ont également été évoquées dès mars 2025 pour empêcher l’enrôlement de citoyens dans ce conflit extérieur.

Une responsabilité politique et morale

La question dépasse le seul cadre bilatéral. Elle interroge la vulnérabilité structurelle d’une jeunesse africaine confrontée au chômage, à la précarité et à l’absence de perspectives. Lorsque l’émigration devient l’unique horizon, les promesses fallacieuses trouvent un terrain fertile. Mais elle interpelle aussi les gouvernements africains. Le silence, l’inaction ou la réaction tardive laissent des familles sans information, sans réparation et sans recours diplomatique efficace.

Stopper l’envoi de jeunes Africains au front ukrainien relève à la fois d’un impératif humanitaire et d’un enjeu de souveraineté. L’Afrique ne peut accepter que sa jeunesse serve de réserve de combattants dans des conflits géopolitiques qui ne la concernent pas directement. La mobilisation de la société civile, conjuguée à une action diplomatique ferme et coordonnée des États africains, apparaît désormais comme la seule voie pour mettre fin à ce cycle de manipulation et de pertes humaines silencieuses.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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