Grève des enseignants : entre légitimes revendications, désinformation et procès d’intention

La crise de l’Éducation nationale gabonaise met en lumière les fragilités du dialogue social et les difficultés de communication au sein du mouvement enseignant. Le plateau spécial diffusé le 19 janvier 2026 sur Gabon Première, censé restituer les échanges entre les autorités et certains enseignants, a ravivé polémiques et suspicions. En amont, l’assemblée générale de SOS Éducation – La Base avait décidé de poursuivre la grève et de solliciter une audience présidentielle. Celle-ci s’est tenue le 18 janvier avec plus de 200 enseignants, le Chef de l’État reconnaissant la légitimité des revendications et annonçant une commission tripartite. La restitution télévisée de ces engagements, perçue par certains comme une initiative individuelle, a cristallisé les tensions. Analyse par Steeve Obame Aba’a d’une crise qui se situe entre revendications légitimes, désinformation et procès d’intention. Lecture !
La crise qui secoue actuellement le secteur éducatif gabonais continue de révéler les fragilités structurelles du dialogue social, mais aussi certaines dérives communicationnelles qui fragilisent davantage une mobilisation pourtant fondée sur des revendications légitimes. C’est dans ce contexte qu’intervient le plateau spécial du 19 janvier 2026 sur la chaîne nationale Gabon Première, intitulé « Crise à l’Éducation nationale : les avancées… les bonnes nouvelles ». Cette émission, présentée a servi de cadre à une restitution d’informations relatives aux échanges entre les autorités et une frange des enseignants mobilisés. Une séquence médiatique qui, loin d’apaiser les débats, a ravivé interrogations, suspicions et controverses sur les réseaux sociaux.
Pour comprendre cette séquence, il convient de revenir aux décisions prises en amont. Le 17 janvier 2026, prs d’une assemblée générale tenue au terrain de basket d’Awendjé, les enseignants réunis sous la bannière SOS Education – La Base adoptent deux résolutions majeures : la poursuite de la grève et le souhait d’une audience auprès du Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA. Ces résolutions constituent le cadre politique et moral dans lequel s’inscrivent les événements ultérieurs.
Selon les informations issues de la source, une audience présidentielle se tient le lendemain, notamment le dimanche 18 janvier 2026 aux environs de 15h. Un appel à mobilisation est alors lancé dans l’urgence afin de permettre aux enseignants disponibles d’y prendre part. Cette initiative, bien que conforme aux résolutions de l’assemblée générale, se heurte à un climat de méfiance marqué, notamment dans la province de l’Estuaire, où certains qualifient l’information de « fake news », évoquant précipitamment des soupçons de récupération ou de compromission.
Malgré cette démobilisation partielle, plus de deux cents enseignants sont effectivement reçus par le Chef de l’Etat. Au cours de cette rencontre, le Président de la République reconnait le caractère légitime des revendications exprimées et revient sur la mise en place d’une commission tripartite chargée du suivi et de l’évaluation des revendications, dans l’optique d’y apporter des réponses progressives.
Toujours selon la source, il est demandé à l’un des enseignants présents, Monsieur Steeve OBAME ABAA, d’assurer une restitution des engagements pris, notamment à l’endroit des enseignants absents et de ceux exerçant à l’intérieur du pays, par le biais de la télévision nationale. Cette intervention sur le plateau de Gabon Première s’inscrit donc dans une logique de transmission d’informations issues de l’audience présidentielle, et non dans une démarche de représentation formelle ou de prise de position personnelle.
L’analyse de cette intervention montre que le discours tenu se limite à la présentation des engagements annoncés par le Chef de l’État, assortie d’un appel à laisser à la base le soin de tirer ses propres conclusions et résolutions. Toutefois, la diffusion de ces informations déclenche une vague de réactions hostiles sur les réseaux sociaux, où l’intervention est interprétée par certains comme une prise de position individuelle, voire une tentative de désolidarisation du mouvement.
Cette séquence révèle une réalité plus profonde de la crise actuelle : la difficulté, pour les mouvements sociaux, de maîtriser leur communication interne dans un environnement dominé par l’instantanéité, la suspicion et la polarisation des débats. Elle met également en évidence le fossé croissant entre les espaces de dialogue institutionnel et la perception qu’en ont les bases militantes, souvent influencées par des lectures partielles ou émotionnelles de l’information.
Au-delà des personnes et des polémiques, cette séquence appelle surtout à une prise de conscience collective. Aux élèves, premiers impactés par l’arrêt prolongé des cours, il est dû un horizon de stabilité et de continuité pédagogique. Aux parents, inquiets pour l’avenir scolaire de leurs enfants, il importe de rappeler que leurs préoccupations sont au cœur des enjeux actuels.
Aux enseignants, acteurs essentiels du système éducatif, la préservation de l’unité, du dialogue interne et de la rigueur dans l’appréciation des faits demeure un levier déterminant pour faire aboutir des revendications légitimes. Quant aux autorités publiques et administratives concernées, cette crise rappelle l’urgence de traduire les engagements annoncés en actes concrets, visibles et mesurables, afin de restaurer durablement la confiance et de permettre un retour apaisé et responsable à l’école. Car c’est bien autour de l’intérêt supérieur de l’éducation nationale que devraient converger toutes les volontés, au-delà des divergences et des incompréhensions passagères.
Steeve Obame Aba’a, Professeur d’Anglais fondamental et professionnel certifié, Ancien Chargé d’Études du Ministre d’État à l’Enseignement Supérieur









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