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Geoffroy Foumboula : «Le combat civique au Gabon se fait sans immunité… et souvent sans solidarité»

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Dans une déclaration publiée le 22 janvier 2026, Geoffroy Foumboula Libeka Makosso a livré une mise au point sans détour sur la situation de Marcel Libama, privé de toute protection institutionnelle, et plus largement sur les contradictions, les silences et les abandons qui minent le combat civique au Gabon. Un propos qui interroge frontalement la responsabilité collective et la sincérité des indignations.

Les mots sont sobres, mais le constat est sévère. En rappelant que l’immunité parlementaire aurait pu protéger certains acteurs civiques aujourd’hui poursuivis, Geoffroy Foumboula remet en lumière une réalité dérangeante : au Gabon, ceux qui portent les revendications sociales sont souvent laissés à découvert, exposés aux procédures judiciaires, tandis que les mécanismes de protection institutionnelle leur restent fermés.

Le cas de Marcel Libama, syndicaliste et figure du mouvement enseignant, est emblématique. Candidat à une fonction élective dans l’espoir d’obtenir une protection durable, il s’est vu refuser ce bouclier politique, dans un pays pourtant traversé par des milliers d’enseignants, d’élèves et de parents d’élèves concernés par les combats qu’il mène. Même sort pour d’autres acteurs, à l’image de Lionel Engonga, aperçu récemment au tribunal. Une justice qui frappe, mais une représentation qui fait défaut.

Foumboula, ni bouc émissaire ni substitut politique

Au cœur de la déclaration, une mise au point ferme : Geoffroy Foumboula refuse d’endosser un rôle qui ne lui revient pas. « FOUMBOULA n’est nullement votre représentant », martèle-t-il, rappelant que la mission de défenseur du peuple lui a été refusée par le suffrage. Dès lors, lui reprocher un prétendu silence ou un manque d’engagement relèverait, selon lui, d’un contresens volontaire.

Sa ligne est claire : œuvrer au dialogue, dans le respect des lois, sans se substituer aux élus légitimement investis. Une position qui tranche avec l’attente d’une partie de l’opinion, prompte à exiger des figures civiques ce qu’elle n’impose pas toujours à ses représentants politiques. La question est posée, frontalement : pourquoi s’acharner sur ceux qui n’ont pas reçu mandat, plutôt que d’interpeller ceux qui l’ont obtenu ?

La mémoire courte du combat civique

L’un des passages les plus incisifs de la déclaration renvoie à un précédent encore douloureux : la détention de Jean Rémy Yama. À l’époque, rappelle Foumboula, seuls « une vingtaine de membres de la société civile » s’étaient mobilisés concrètement, tandis que beaucoup d’autres, aujourd’hui prompts à distribuer les brevets de pureté morale, brillaient par leur absence.

Ce rappel sonne comme une accusation : celle d’une solidarité à géométrie variable, souvent plus bruyante sur les réseaux sociaux que sur le terrain. Une réalité qui affaiblit durablement le combat civique, miné par les divisions, les procès d’intention et une indignation parfois plus performative qu’engagée.

Une interpellation collective

Au-delà des personnes, cette déclaration pose une question de fond : peut-on défendre durablement des causes collectives sans structures de protection, sans relais politiques assumés et sans une solidarité constante ? En appelant à « créer des ponts et non des murs », Geoffroy Foumboula plaide pour une réorganisation lucide du combat civique, débarrassée des illusions et des règlements de comptes.

L’affaire Libama, comme hier celle de Jean Rémy Yama, agit ainsi comme un révélateur. Celui d’un pays où l’engagement social reste risqué, où l’immunité protège rarement ceux qui contestent, et où la responsabilité de porter les revendications est trop souvent renvoyée aux mêmes visages, jusqu’à l’épuisement.

À l’heure où les discours sur la justice sociale et le dialogue national se multiplient, cette sortie publique invite chacun à regarder sa part de responsabilité. Car sans cohérence, sans mémoire et sans soutien réel, le combat civique au Gabon continuera de se heurter à la même impasse : beaucoup de paroles, peu de boucliers.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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