Gabon : vers la fin des embauches sauvages ou un nouvel habillage bureaucratique ?
Face aux dérives accumulées au fil des années dans la gestion des ressources humaines de l’État, le Président de la République a exigé la mise en place de plans de recrutement formalisés, validés par les ministres de tutelle. Une mesure présentée comme un tournant dans la gouvernance publique. Mais sur le terrain, des milliers d’agents sans statut clair, sans affectation ou sans salaire régulier attendent toujours des réponses concrètes.
Lors du Conseil des ministres du jeudi 29 janvier 2026, le message présidentiel a été sans ambiguïté. Les recrutements anarchiques, opérés hors de tout cadre formel, ont produit une administration déséquilibrée, coûteuse et socialement instable. Des agents recrutés sans acte administratif régulier, d’autres affectés sans poste réel, certains ayant servi l’État durant de longues années sans rémunération continue. Une situation qualifiée au sommet de l’État d’« inacceptable » et désormais placée au cœur des réformes annoncées.
Des plans de recrutement pour mettre fin au désordre
Désormais, toute embauche dans l’administration devra s’inscrire dans un plan de recrutement validé par les ministres de tutelle. L’objectif affiché est clair : anticiper les besoins réels, maîtriser les effectifs, garantir la soutenabilité budgétaire et éviter la reconstitution de stocks d’agents en situation précaire.
Cette exigence marque une rupture avec les pratiques antérieures, où recrutements politiques, décisions ponctuelles et arrangements administratifs ont souvent primé sur la planification. Mais elle soulève une interrogation centrale : ces plans seront-ils de véritables outils de rationalisation ou de simples documents administratifs destinés à habiller des pratiques inchangées ?
Agents sans salaire, contractuels, MONP : le nœud social
Derrière la réforme annoncée se cache une réalité sociale explosive. Que devient la situation des agents ayant servi l’État sans salaire régulier ? Quid des contractuels recrutés sans perspectives de titularisation, des stagiaires en attente d’intégration, ou encore des bénéficiaires de la Main-d’œuvre non permanente (MONP), longtemps utilisés comme variable d’ajustement ?
Le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a clairement exigé que les situations anormales cessent, notamment celles d’agents ayant travaillé pour l’État sans rémunération ou sans affectation. Mais à ce stade, aucun calendrier précis ni critères publics de régularisation n’ont été communiqués. Or, sans réponses rapides et lisibles, la réforme risque de se heurter à la défiance des agents concernés et à de nouveaux mouvements sociaux.
La feuille de route des 100 jours, test de crédibilité
La remise annoncée des feuilles de route des 100 jours, prévue début février, sera déterminante. Elle devra préciser les priorités : audits des effectifs, recensement des agents irréguliers, clarification des statuts, articulation entre contraintes budgétaires et justice sociale.
Car au-delà de l’intention politique, c’est la capacité de l’État à transformer un système longtemps marqué par l’improvisation qui est en jeu. Mettre fin aux embauches sauvages suppose non seulement des règles claires, mais aussi le courage d’arbitrer entre régularisation, suspension et redéploiement.
À défaut, la réforme pourrait se limiter à un nouvel habillage bureaucratique, laissant intactes les fractures sociales qu’elle prétend résorber. Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais de prouver que la rigueur annoncée ne se fera pas au détriment des plus précaires, mais au service d’une administration enfin crédible, équitable et soutenable.









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