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Gabon : Saint-Valentin, « No Money, No Love » ?

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À l’approche du 14 février, une vague d’angoisse submerge de nombreux jeunes Gabonais. Pour la majorité des sans-emploi, la Saint-Valentin n’évoque plus l’amour romantique, mais un véritable cauchemar financier. Dans un pays où le chômage des jeunes dépasse les 40 % selon les estimations récentes de la Banque mondiale, la fête importée d’Occident impose des attentes démesurées que beaucoup ne peuvent satisfaire.

« Valentine is coming where is your Boyfriend ? », c’est assurément la fragrance fétide que devront inhaler les amoureux sans argent. Et pour cause, leurs partenaires, souvent influencées par les réseaux sociaux, considèrent les cadeaux comme la principale preuve d’amour. Bouquets de roses rouges parfumés, parfums de marque, dîners aux chandelles dans les restaurants chics de Libreville, bijoux fantaisie ou même smartphones, la liste est longue et coûteuse. 

No Money, No Love ?

« Sans cadeau visible, ce n’est pas de l’amour c’est de l’exploitation », a indiqué une jeune gabonaise interrogée à quartier Awendjé dans le 4eme arrondissement de Libreville. Cette vision matérialiste transforme la fête en épreuve pour les hommes sans revenu stable. Ces derniers sont condamnés à faire des pieds et des mains voire emprunter à la famille, faire des petits jobs de livraison ou de gardiennage, parfois vendre des affaires. Le dilemme est évident, il faut offrir des cadeaux quitte à s’endetter sur plusieurs mois.

« Cette année, je ne sais pas comment faire. Ma copine me compare déjà aux couples qu’elle voit sur Instagram, Tik Tok ou Facebook. », a accepté de témoigner Emmanuel, un jeune diplômé de l’EPCA. Même son de cloche chez Eddy qui estime que les dépenses de ce jour, devenu obligatoire dans l’imaginaire collectif, sont inutiles. « On s’aime déjà depuis des années. Est-ce qu’on a besoin d’acheter beaucoup de choses encore ? Le 15 existe », a-t-il fait attendre. Sous-entendant que cette année sa partenaire de vie n’aura aucun présent dans ce cadre festif.

En attendant, à Libreville, Port-Gentil, Franceville voire Oyem, l’heure est à la dynamique de la Saint-Valentin. La preuve dans les marchés où les vendeurs à la sauvette s’improvisent fleuristes. Les roses se négocient à des tarifs prohibitifs pour un jeune sans salaire. Beaucoup d’hommes se retrouvent endettés, stressés ou obligés de mentir sur leurs moyens. Les disputes éclatent fréquemment dans les jours précédant la fête. Certains couples se séparent, la frustration étant trop forte.

L’amour au centre comme à la genèse !

Pourtant, des voix s’élèvent pour défendre un amour plus authentique. Un amour qui ne repose pas sur une mégalomanie ambiante ponctuée de démonstration outrageuse au vu et au su de tous. « Un geste sincère, une soirée simple à la maison avec un repas préparé ensemble, vaut mieux qu’un cadeau ruineux », a plaidé Audrey, une gabonaise âgée de 26 ans employée au Super Marché Casino. Certains couples choisissent de boycotter la fête commerciale au profit de moments vrais.

Alors que le Gabon traverse une crise économique avec la baisse progressive du pouvoir d’achat, la Saint-Valentin permet de cerner une réalité amère. En effet, pour des milliers de jeunes sans emploi, le 14 février n’est pas une célébration, mais un rappel cruel de leurs difficultés quotidiennes. Ainsi donc l’amour véritable ne devrait pas se mesurer en francs CFA, mais en présence et en complicité. En attendant, beaucoup appréhendent ce jour comme un examen qu’ils craignent d’échouer. Le 14 c’est le 14 !

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

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