Gabon : retour au pays ou chasse aux 4×4 présidentiels ?
Depuis le 30 août 2023, un phénomène étrange semble s’être accéléré dans les aéroports gabonais : le retour massif de compatriotes persuadés que l’avion qui les ramène à Libreville inclut, dans le billet, un poste de directeur général, une villa climatisée et un véhicule administratif. Une lecture particulièrement créative de l’appel au patriotisme lancé par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Car dans l’esprit du chef de l’État, l’équation semblait pourtant simple : ceux qui galèrent à l’étranger peuvent rentrer et contribuer au développement du pays ; ceux qui réussissent peuvent continuer à porter l’image et les compétences gabonaises à l’international. Une vision classique de mobilisation de la diaspora. Mais au Gabon, comme souvent, la théorie et la pratique empruntent des chemins… très différents.
Du plongeur parisien au futur directeur général. Selon une nouvelle tradition nationale en gestation, certains compatriotes débarqueraient désormais à Libreville avec un CV particulièrement optimiste. Hier plongeur dans un restaurant de banlieue, aujourd’hui candidat sérieux à la direction d’une entreprise publique.
La transformation est rapide. L’avion décolle à Roissy. Il atterrit directement au Conseil des ministres. Et lorsque la nomination tarde à venir, le discours change : « J’ai tout abandonné pour rentrer au pays ». La question qui circule dans les conversations est pourtant simple : qu’avait-on réellement abandonné ? Une villa ? Une entreprise prospère ? Ou simplement un badge de nettoyage et un abonnement Navigo ?
Le mythe du Président distributeur automatique
Dans l’imaginaire de certains nouveaux rapatriés patriotiques, le président de la République serait devenu une sorte de distributeur national d’opportunités. On rentre au pays. On explique qu’on « croit au projet ». Et logiquement, la voiture et la maison devraient suivre. Dans cette logique, la République fonctionnerait comme un programme de fidélité : plus vous proclamez votre engagement politique, plus vous accumulez de points administratifs. Malheureusement pour les amateurs de raccourcis, la réalité est moins généreuse.
Le pouvoir actuel a pourtant mis en avant un autre chemin : celui de l’entrepreneuriat. Une banque dédiée aux projets a été annoncée pour accompagner les initiatives économiques. Mais visiblement, l’idée d’écrire un business plan enthousiasme moins que celle de conduire un véhicule administratif. Créer une entreprise ? Chercher des clients ? Rembourser un crédit ? Autant d’activités beaucoup moins glamour que d’attendre un décret présidentiel.
Retour au pays, mais pas retour à la réalité
Le paradoxe est frappant. Beaucoup de ceux qui demandent aujourd’hui un traitement exceptionnel ont pourtant connu l’expérience la plus universelle de la diaspora : celle de la débrouille. Chercher du travail. Multiplier les petits boulots. Commencer en bas de l’échelle. Ce parcours, qui forge souvent l’expérience et la résilience, semble soudain devenir un souvenir embarrassant une fois de retour au pays.
Le patriotisme n’est pas un CV. Rentrer au Gabon peut être un acte courageux. Participer au développement national est une ambition respectable. Mais croire que le patriotisme se transforme automatiquement en nomination ministérielle relève d’une lecture très imaginative du fonctionnement d’un État. Car au fond, la question reste entière : si l’on n’attendait pas une voiture officielle ou un bureau climatisé, combien seraient réellement rentrés ?
Le patriotisme est une vertu. Mais au Gabon, certains semblent encore confondre engagement national et recrutement présidentiel automatique.










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