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Gabon : réseaux sociaux, délestages et déguerpissements, le gouvernement prépare sa riposte communicationnelle 

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Le Vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, a présidé une série de séances de travail élargies à plusieurs membres du gouvernement afin d’harmoniser la stratégie de communication autour de décisions sensibles. Régulation des réseaux sociaux, délestages dans le Grand Libreville et futurs déguerpissements de logements de l’État : l’exécutif veut reprendre la main sur le récit.

Face aux tensions sociales et aux incompréhensions suscitées par certaines mesures récentes, le gouvernement ajuste sa communication. Ce vendredi 27 février 2026, autour du Vice-Président du Gouvernement, plusieurs ministres ont planché sur une stratégie commune visant à expliquer, justifier et encadrer la perception publique des décisions arrêtées lors du Conseil des ministres du 26 février 2026 et dans le cadre des instructions présidentielles.

Trois dossiers ont cristallisé les échanges : la régulation des réseaux sociaux, les délestages persistants et la modernisation annoncée de certains logements publics occupés.

Réseaux sociaux : des peines lourdes annoncées

Adopté en Conseil des ministres, le projet d’ordonnance réglementant l’usage des réseaux sociaux via les plateformes numériques au Gabon ne viserait pas, selon le ministre de l’Économie numérique, Marc Alexandre Doumba, à restreindre les libertés, mais à « préserver l’unité nationale » face aux propos jugés haineux ou diffamatoires.

Le texte, qui sera publié au Journal officiel dans les prochaines semaines avant son examen parlementaire, prévoit la modification de certaines dispositions du Code pénal et du Code de procédure pénale. Les sanctions annoncées sont dissuasives : de 5 à 10 ans d’emprisonnement ferme et des amendes comprises entre 5 et 10 millions de FCFA pour toute personne reconnue coupable de propos haineux ou diffamatoires sur les réseaux sociaux.

Des mécanismes de contrôle des avatars et de traçabilité des contenus numériques seraient également mis en place. Le gouvernement affirme ainsi vouloir s’inscrire dans une dynamique de régulation comparable à celle adoptée dans plusieurs pays.

Délestages : 18 milliards pour un nouveau câble

Autre sujet sensible : les délestages récurrents dans le Grand Libreville. Le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, a détaillé les causes techniques des coupures. En cause, un câble vétuste reliant Owendo au poste SEEG de Plein Ciel Bisségué, long de 3×11 kilomètres, aujourd’hui fortement dégradé. L’État a investi 18 milliards de FCFA pour son remplacement. Les travaux, en cours, devraient s’achever en avril.

Selon le ministre, le nouveau câble permettra de doubler la capacité de transit énergétique depuis Owendo, principal pôle de production alimentant Libreville, et d’améliorer la stabilité du réseau. Dans le même temps, 2 878 branchements directs qualifiés d’abusifs et frauduleux ont été identifiés. Le manque à gagner est estimé à près de 70 milliards de FCFA pour la SEEG et, indirectement, pour l’État.

Logements publics : vers des déguerpissements ciblés

Le troisième dossier porte sur les logements de l’État en état de délabrement avancé. Le gouvernement envisage des opérations de modernisation et de réhabilitation, impliquant le déguerpissement des occupants.

Parmi les zones concernées figurent la cité des enseignants en face de l’Université Omar Bongo, l’immeuble Gabon 2000, les 90 logements ainsi qu’un bâtiment situé face à la CNAMGS au quartier Montagne Sainte. L’exécutif assure vouloir rendre ces espaces plus salubres et conformes aux standards urbains actuels, à l’image de la réhabilitation du camp de police d’Akeridjogomi.

Une bataille de l’opinion engagée

Conscient de la sensibilité de ces mesures, le gouvernement annonce le lancement d’une campagne de communication dédiée. L’objectif est clair : expliquer les choix opérés, désamorcer les tensions et restaurer la confiance.

Dans un contexte marqué par des attentes sociales fortes, la capacité de l’exécutif à convaincre sera déterminante. Entre régulation numérique, crise énergétique et réorganisation du patrimoine immobilier public, le défi ne sera pas seulement technique. Il sera aussi politique.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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