Derniers articlesSOCIETE

Gabon : quand le laxisme institutionnel nourrit les dérives au sein des églises 

Ecouter l'article

Face à la multiplication des scandales dans certaines églises, la question du contrôle des confessions religieuses par l’État se pose avec acuité. Entre laxisme administratif et absence de coercition, les dérives prospèrent au détriment des fidèles. Le ministère de l’Intérieur, également en charge des Cultes, dispose pourtant des leviers juridiques et institutionnels nécessaires pour encadrer l’exercice des activités religieuses au Gabon. En théorie, il lui revient de veiller à la conformité des associations cultuelles, à la régularité de leurs doctrines déclarées et au respect de l’ordre public.

Mais dans les faits, la vigilance semble insuffisante. Les scandales à répétition qui éclaboussent certaines congrégations interrogent sur la profondeur des contrôles opérés, tant sur la formation des responsables religieux que sur la nature des enseignements dispensés aux fidèles.

Des mises en garde sans portée réelle

Certes, il arrive que les pouvoirs publics montent au créneau pour dénoncer un incident isolé, rappeler à l’ordre une communauté ou mettre en garde contre des pratiques jugées abusives. Mais ces sorties officielles, souvent prudentes et mesurées, peinent à produire un effet dissuasif durable.

Une mise en garde sans mécanisme de sanction effective reste symbolique. Or, dans un environnement où certaines structures religieuses fonctionnent sans véritable supervision, l’absence de coercition alimente un sentiment d’impunité. La complaisance administrative, volontaire ou non, a progressivement laissé place à une forme d’atonie. Des lieux de culte se sont transformés, dans certains cas, en espaces d’improvisation doctrinale, où l’autorité spirituelle s’exerce sans contrepoids institutionnel.

La question cruciale de la formation des pasteurs

Au-delà des incidents ponctuels, le problème est structurel. La vocation pastorale, lorsqu’elle n’est pas adossée à une formation solide et à un encadrement rigoureux, peut ouvrir la voie à des dérives éthiques et morales.

Un responsable religieux insuffisamment formé, ou animé d’intérêts étrangers à sa mission spirituelle, fragilise la confiance des fidèles et expose les communautés à des préjudices parfois irréparables. Les séquelles, qu’elles soient morales, psychologiques ou financières, mettent souvent des années à s’estomper. Il ne s’agit pas pour l’État d’interférer dans la liberté de culte, garantie par les principes constitutionnels, mais d’assurer que cette liberté ne serve pas de paravent à des pratiques abusives ou contraires à l’ordre public.

Restaurer l’autorité de régulation

Rompre avec l’atonie suppose une approche plus structurée : vérification effective des statuts, contrôle des conditions d’implantation, suivi des responsables, et, lorsque nécessaire, sanctions proportionnées. Dans un contexte où les communautés religieuses jouent un rôle social majeur, la responsabilité des pouvoirs publics est d’assurer un équilibre entre liberté et protection.

Laisser prospérer les dérives par inertie administrative serait une faute. La régulation des cultes n’est pas une option politique, mais une exigence de sécurité juridique et de stabilité sociale.

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GMT TV

[youtube-feed feed=2]
Bouton retour en haut de la page