Gabon : Quand la presse dérange, on l’accuse de «chercher des clics»
Réduire le journalisme au “buzz” est devenu l’arme favorite de ceux que la vérité gêne. Une facilité inquiétante qui en dit long sur le mépris de certaines personnalités publiques pour la liberté de la presse et pour la démocratie qu’ils prétendent servir.
Un mépris dangereux pour la liberté d’expression.Depuis quelque temps, un discours paresseux, et révélateur, se répand dans les cercles politiques gabonais. Les journalistes seraient devenus de simples “chercheurs de clics”, obsédés par le buzz, incapables de travailler autrement que pour attirer l’attention. Une manière commode de disqualifier un article qui dérange, une enquête qui expose, une vérité qui contrarie.
La presse, pilier d’une démocratie encore fragile
Ce mépris, souvent enveloppé dans des phrases polies, trahit surtout l’aversion grandissante de certains responsables pour la liberté d’expression. Comme si critiquer leur action publique était un acte d’hostilité personnelle. Comme si la presse devait d’abord servir leurs intérêts avant ceux du public. Pourtant, rappeler qu’une démocratie vivante repose sur une presse indépendante ne devrait pas être une bataille quotidienne.
Dans un pays où les institutions sont encore en reconstruction, où le pluralisme s’affermit à peine, où la transparence peine à s’installer, la presse n’est pas un décor : elle est un contre-pouvoir, une vigie, un espace d’alerte citoyen. « Sans presse libre, il n’y a pas de démocratie, seulement un simulacre ». Réduire ce travail à un simple “buzz” n’est pas seulement injuste. C’est dangereux.
Car cela revient à délégitimer l’un des rares mécanismes capables d’empêcher les dérives, d’exposer les abus, de questionner les décisions publiques. Ceux qui s’en prennent à la presse libre oublient qu’elle a permis, bien avant les alternances politiques, d’informer un pays souvent maintenu dans l’ombre.
L’hypocrisie d’une partie de la classe politique
Le plus frappant, et le plus triste, c’est l’hypocrisie. Les mêmes qui aujourd’hui tournent le dos aux journalistes, les mêmes qui dénoncent les « cliqueurs professionnels », sont exactement ceux qui, hier encore : sollicitaient les médias pour relayer leurs combats, réclamaient de la visibilité pour leurs mobilisations, appelaient les rédactions à couvrir leurs conférences, et se présentaient comme des militants de la transparence et de la liberté.
Ces « défenseurs de la démocratie » d’hier deviennent aujourd’hui des silencieux dociles, parfois même des donneurs de leçons de notoriété. Dès qu’ils accèdent à une parcelle de pouvoir, la presse qu’ils glorifiaient devient subitement gênante. Et les journalistes deviennent de simples “vendeurs de clics”. Difficile de trouver hypocrisie plus flagrante.
Non, la presse n’est pas là pour flatter les égos
Ce discours méprisant ignore une vérité évidente : un média, c’est une entreprise. Avec des salariés gabonais, des charges sociales, des impôts, des loyers, des budgets à équilibrer, des équipes à faire vivre. Les journalistes ne sont pas des figurants dans le théâtre politique. Ils ne sont pas des communicants. Ils ne sont pas des instruments de promotion. Ils sont des travailleurs, des professionnels, des observateurs.
Et la presse en ligne, que certains voudraient cantonner à la marginalité, est aujourd’hui l’un des principaux vecteurs d’accès à l’information pour les Gabonais. L’infantiliser, la mépriser, ou la réduire à un métier de “cliqueurs” est le signe d’un mépris profond du travail, de l’effort et de la vérité.
Le vrai problème n’est pas la presse : ce sont ceux qu’elle dérange
Lorsque des responsables publics qualifient les journalistes de “chercheurs de buzz”, ils ne parlent pas vraiment de journalisme. Ils parlent d’eux-mêmes. De leur incapacité à assumer les critiques. De leur fragilité face à la transparence. De leur volonté de contrôler le récit. De leur peur d’une presse qui ne se prosterne plus. Ce n’est pas la presse qui pose problème : ce sont ceux que la presse oblige à rendre des comptes.
Respecter la presse, c’est respecter la République. Le Gabon ne progressera pas tant que certains continueront à mépriser ceux qui l’informent. On ne bâtit pas une démocratie en intimidant les journalistes. On ne construit pas un État moderne en méprisant ceux qui questionnent. Et on ne sera jamais un pays libre tant que la presse sera considérée comme un gadget politique. La considération n’est pas un privilège. C’est un devoir. Et le respect dû à la presse est un respect dû à la République. Ceux qui l’oublient trahissent non pas les médias, mais la démocratie qu’ils prétendent servir.








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