Gabon : quand des ministres pianotent sur leurs téléphones pendant un discours sur la rigueur d’État
Lors de la réunion de présentation de la nouvelle méthodologie de coordination gouvernementale, plusieurs ministres ont été surpris, yeux rivés sur leurs téléphones, alors même que le Vice-président du Gouvernement par intérim, Henri Claude Oyima appelait à la discipline, la rigueur et l’exécution. Une scène en totale contradiction avec l’esprit de la Vᵉ République.
Réunis autour du Vice-Président du Gouvernement par Intérim, Ministre d’État, Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, Chargé de la Lutte contre la Vie chère, Henri Claude Oyima, les membres du Gouvernement étaient convoqués pour une réunion cruciale : la présentation d’une nouvelle méthodologie de coordination de l’action gouvernementale durant la période d’intérim.
Un appel solennel à la rigueur… ignoré par certains membres du Gouvernement. La scène se voulait historique
Un moment marqué par un discours dense, articulé autour de la discipline, de la performance, de l’exécution et de l’autorité de l’État. Pourtant, au premier rang des responsabilités républicaines, l’image offerte au pays laisse songeur. Plusieurs ministres ont été surpris en pleine utilisation de leurs téléphones, « visiblement indifférents aux propos d’une portée pourtant stratégique », commente un internaute.
Les ministres concernés sont Gilles Nembe, ministre des Mines, assurant plusieurs intérims (Transports, Eau-Énergie, Industrie), Dr Simplice-Désiré Mamboula, ministre de l’Enseignement supérieur, assurant l’intérim de l’Éducation nationale, de la Jeunesse, des Sports et des Arts, Ludovic Megne, ministre du Logement et de l’Habitat, Pascal Ogowet Siphon, ministre du Tourisme et de l’Artisanat et Hermann Immongault, ministre de l’Intérieur, assurant l’intérim de la Défense. Un instant capturé, qui fait déjà réagir au sein de l’administration.
Un discours clair… et superbement ignoré par certains?
Le contraste est saisissant. Alors que le ministre d’État insistait avec force sur la nécessité de faire preuve de rigueur, de méthode, de discipline, de responsabilités claires, de mettre fin aux zones grises et aux attitudes qui affaiblissent l’État, certains membres du Gouvernement étaient absorbés par l’écran lumineux de leurs téléphones.
Henri-Claude Oyima a tenu un discours d’une rare fermeté. Pour lui, « l’heure des déclarations est révolue, et celle des simples intentions appartient désormais au passé » et que « l’action doit désormais primer ». Il a également rappelé que l’État ne saurait admettre aucune forme d’autorité parallèle. « Nous travaillons au service de l’État, et l’État s’incarne clairement dans la personne du Président de la République », a-t-il martelé. Des propos clairs, directs, mais qui, visiblement, n’ont pas encore été pleinement intégrés par l’ensemble des membres du gouvernement.
Un symbole inquiétant : la rigueur imposée au pays, mais ignorée au sommet ?
La réunion visait à renforcer la coordination administrative, fluidifier la prise de décision et éviter les blocages qui plombent l’action publique. Le message était clair : la machine administrative doit redevenir un moteur, non un frein.
Mais que penser d’une équipe gouvernementale dont certains membres, au moment même où la discipline est élevée en principe fondateur, donnent un spectacle de désinvolture institutionnelle ? Comment exiger de l’administration d’être « organisée, réactive, disciplinée » si les ministres eux-mêmes ne le sont pas ?
Comment demander à l’ensemble des services de « travailler comme un seul système » si l’attention n’est même pas au rendez-vous lors de la réunion fondatrice ? Comment incarner la rigueur si le premier réflexe est de consulter son téléphone ? Il y a, dans cette scène, un décalage profond entre les exigences de la Vᵉ République et la pratique de certains hauts responsables.
Un premier test d’exemplarité manqué ?
Il ne s’agit pas ici d’un simple faux pas esthétique. Il s’agit d’un signal institutionnel. Le ministre d’État assurant l’intérim du vice-président du gouvernement a averti. « La Vᵉ République est la République de l’impact, pas de l’apparence. La République de l’exécution, pas du commentaire », a-t-il poursuivi. Mais encore faut-il commencer par l’essentiel : écouter.
Dans une administration où les décisions retardées, les dossiers mal transmis et les lenteurs bureaucratiques coûtent à l’économie, suivre attentivement une réunion stratégique est la base élémentaire de la rigueur gouvernementale.
Ce que l’opinion retiendra de cette scène, c’est que pendant que l’État appelle à la discipline, certains de ses propres serviteurs regardent ailleurs.









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