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Gabon : pourquoi l’État temporise sur la mise en œuvre de la décentralisation 

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Dans son discours de vœux à la Nation, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a reconnu, sans détour, que la décentralisation demeure un chantier inachevé. Malgré la fin de la Transition et l’installation complète des institutions, l’État privilégie une approche prudente, presque graduelle. Une retenue qui interroge, tant la décentralisation est présentée depuis des années comme un levier de développement local et de gouvernance de proximité.

À l’heure où le Gabon inaugure la Cinquième République, la question de la décentralisation revient avec insistance dans le débat public. Attendue par les collectivités locales comme une promesse d’autonomie et de responsabilisation, elle reste pourtant encadrée par un discours de précaution. Le Chef de l’État l’a admis : il convient désormais de « réfléchir aux modalités concrètes » de sa mise en œuvre, en veillant à ce que chaque plan quinquennal apporte une contribution effective au renforcement des collectivités.

Un chantier reconnu, mais encore sans calendrier

Cette prudence tranche avec l’urgence souvent exprimée par les élus locaux. Si la Transition a permis de rétablir l’ordre constitutionnel, elle n’a pas débouché sur un calendrier clair de transfert de compétences. L’absence d’échéances précises alimente un sentiment d’attente, voire de stagnation, dans les communes et départements, où les besoins en infrastructures, services sociaux et équipements de base restent criants.

Pour l’exécutif, avancer à pas mesurés relève d’un choix assumé. Décentraliser sans cadre opérationnel solide risquerait, selon cette lecture, de fragiliser davantage des collectivités déjà confrontées à des contraintes lourdes.

Le nerf de la guerre : le financement des collectivités

Au cœur du blocage se trouve la question financière. Transférer des compétences sans ressources adéquates reviendrait à organiser une décentralisation de façade. Or, l’État hérite d’une situation budgétaire contrainte, marquée par le poids de la dette et des arbitrages difficiles entre rigueur et investissement public.

Dans ce contexte, la décentralisation pose une équation délicate : comment garantir des dotations stables et suffisantes aux collectivités tout en préservant l’équilibre des finances publiques ? Tant que cette question n’est pas tranchée, la prudence présidentielle apparaît comme une manière d’éviter un transfert de charges sans moyens.

Des élus locaux face à leurs responsabilités

Le discours présidentiel renvoie également les élus locaux à leurs propres responsabilités. La décentralisation ne saurait être un simple slogan politique. Elle suppose des administrations locales capables de planifier, de gérer et de rendre compte. En évoquant le rôle des plans quinquennaux, le Chef de l’État esquisse une logique de progressivité : chaque cycle devra démontrer, par des résultats concrets, la capacité des collectivités à assumer de nouvelles compétences.

Entre ambition et réalisme institutionnel

Souvent invoquée, rarement expliquée, la décentralisation révèle ainsi ses freins réels : insuffisances financières, fragilités administratives, mais aussi craintes politiques liées à la cohérence de l’action publique. En choisissant la retenue, Brice Clotaire Oligui Nguema assume un pari risqué mais stratégique : consolider l’État avant de redistribuer pleinement le pouvoir territorial.

À l’aube de 2026, la décentralisation reste donc en suspens. Plus qu’un renoncement, cette lenteur traduit une interrogation centrale : le Gabon est-il prêt, institutionnellement et financièrement, à faire de ses collectivités de véritables moteurs du développement local ? La réponse conditionnera, sans doute, l’une des réformes les plus attendues de la Cinquième République.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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