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Gabon : pourquoi le pays est aujourd’hui plus pauvre qu’il y a cinquante ans

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Selon le dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI), le revenu par habitant au Gabon est aujourd’hui inférieur de 25 % à ce qu’il était dans les années 1970. Un constat sévère pour un pays longtemps considéré comme l’une des économies les plus prospères d’Afrique subsaharienne. Derrière ce recul se dessine l’échec progressif d’un modèle économique fondé presque exclusivement sur la rente pétrolière, qui a fini par fragiliser la structure productive et les finances publiques du pays.

Le diagnostic posé par l’institution de Bretton Woods met en lumière un paradoxe économique gabonais. Malgré un niveau de richesse théorique par habitant parmi les plus élevés de la région, la réalité du pouvoir d’achat des ménages s’est progressivement dégradée. La croissance tirée par les hydrocarbures n’a pas permis de construire une base productive diversifiée ni de créer suffisamment d’emplois durables.

Cette trajectoire économique révèle les limites d’un modèle extractif qui, pendant plusieurs décennies, a alimenté les recettes publiques sans transformer en profondeur l’économie nationale. Le rapport du FMI souligne ainsi que la dépendance excessive aux ressources naturelles a progressivement affaibli les secteurs productifs traditionnels. 

Le piège de la « maladie hollandaise »

Au cœur de l’analyse figure le phénomène bien connu des économistes : la « maladie hollandaise ». En privilégiant l’exploitation pétrolière, le Gabon a peu à peu délaissé l’agriculture, l’industrie manufacturière et la transformation locale des ressources.

Ce déséquilibre structurel a favorisé l’émergence d’une économie d’enclave, dans laquelle les secteurs extractifs génèrent des revenus importants mais créent relativement peu d’emplois locaux. Dans le même temps, le pays est devenu fortement dépendant des importations pour l’essentiel de ses biens de consommation, qu’il s’agisse de produits alimentaires, de carburants raffinés ou de biens manufacturés.

Résultat : la productivité globale de l’économie a stagné, tandis que la croissance démographique et l’urbanisation ont accentué les tensions sur le marché du travail.

Des finances publiques sous pression

L’analyse du FMI met également en cause la structure des finances publiques. Pendant de nombreuses années, les recettes pétrolières ont davantage servi à financer les dépenses de fonctionnement qu’à soutenir l’investissement productif. Aujourd’hui, les marges de manœuvre budgétaires se réduisent fortement. La dette publique atteint près de 74,7 % du PIB, un niveau qui limite la capacité de l’État à financer les politiques sociales ou à soutenir les petites et moyennes entreprises.

Plus révélateur encore, sur les 17 programmes économiques engagés avec le FMI depuis 1986, la plupart n’ont pas permis d’atteindre l’objectif central de diversification de l’économie. Une répétition des réformes qui interroge sur la capacité du pays à rompre réellement avec son modèle rentier.

L’urgence d’un nouveau modèle économique

Face à ce constat, l’institution internationale appelle à une transformation profonde de la gouvernance économique. La priorité devrait être accordée à la transparence budgétaire, notamment à travers l’utilisation complète des outils de gestion publique comme le système SIGFiP, mais aussi à la transformation locale des ressources naturelles.

Pour le Gabon, le défi est désormais clair : il s’agit d’inverser plus de cinquante ans de déséquilibres structurels. Diversifier l’économie, relancer l’agriculture, développer l’industrie et créer des emplois productifs constituent les conditions indispensables pour restaurer le niveau de vie des ménages. Car au-delà des chiffres macroéconomiques, c’est bien la question du bien-être réel des Gabonais qui se joue dans cette transition économique.

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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