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Gabon : pour Nadia Christelle Koye, la crise des enseignants révèle un «mal social» ancien et profond

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Dans une tribune publiée par Gabonreview, la sénatrice de Mulundu Nadia Christelle Koye livre une analyse sévère mais structurée de la grève des enseignants. Loin d’y voir un simple bras de fer corporatiste, elle décrit une crise systémique, née du gel des carrières et des acquis sociaux à partir de 2015, qu’elle assimile à une véritable pathologie de santé publique. Tout en récusant toute tentative d’imputer cette situation au président Brice Clotaire Oligui Nguema, elle appelle à une mobilisation patriotique pour une réponse durable.

Depuis plusieurs jours, la contestation des enseignants secoue l’espace public gabonais. Pour Nadia Christelle Koye, ces revendications sont « légitimes » et s’inscrivent pleinement dans les droits fondamentaux des citoyens : justice sociale, satisfaction des besoins essentiels et reconnaissance des acquis sociaux. Autant de principes qui, selon elle, constituent le socle même de la politique sociale de l’État.

La parlementaire insiste : le mouvement actuel n’est ni soudain ni opportuniste. Il est l’expression tardive d’un malaise profond, longtemps contenu, et auquel les réponses ponctuelles ne suffisent plus.

Un gel des carrières aux conséquences durables

Dans sa tribune, la sénatrice situe l’origine de la crise en 2015, lorsque le gouvernement d’alors avait décidé de geler les carrières administratives des agents publics, au nom de contraintes budgétaires. Une justification qu’elle conteste frontalement à la lumière des scandales financiers révélés par des procès très médiatisés.

Selon Nadia Christelle Koye, les ressources qui auraient dû financer l’éducation, les infrastructures, l’accès à l’eau et à l’électricité ou encore les allocations sociales ont été détournées au profit d’intérêts privés. « L’intérêt général a été relégué au second plan », écrit-elle, évoquant un système où les dépenses somptuaires ont prévalu sur les besoins essentiels de la population.

Un « cancer social » et des responsabilités assumées

La sénatrice va plus loin en qualifiant cette situation de « cancer métastatique », une pathologie collective dont les effets continuent de se faire sentir. Elle fustige ceux qu’elle désigne comme les auteurs et complices de ces dérives, aujourd’hui prompts, selon elle, à vouloir faire porter la responsabilité de cette crise au président de la Transition.

Sur ce point, Nadia Christelle Koye est catégorique : il est indécent d’imputer au chef de l’État actuel un passif hérité de plusieurs années de gouvernance antérieure, d’autant que son mandat reste récent.

Des mesures correctives, mais un chantier encore ouvert

La tribune reconnaît néanmoins les actions engagées sous la Transition : levée du gel des avancements, reprise des concours administratifs, paiement de rappels, construction et réhabilitation d’infrastructures scolaires. Des avancées réelles, mais insuffisantes pour résorber totalement le mal.

Pour la sénatrice, la sortie de crise passe désormais par une approche globale et patriotique, impliquant l’ensemble des acteurs sociaux et politiques. « Nous croyons en la volonté du gouvernement de trouver une solution pérenne », affirme-t-elle, appelant à une prise en charge profonde et durable de cette « pathologie sociale ».

Au-delà de la grève actuelle, cette tribune pose une question centrale : celle de la refondation du contrat social autour de l’école, de la dignité du travail enseignant et de la justice redistributive, sans laquelle aucune réforme durable ne pourra s’imposer.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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