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Gabon : peine de mort, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi dénonce une illusion pénale face aux crimes de sang

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Le député du 2ᵉ siège d’Akanda et vice-président de l’Union nationale Jean Gaspard Ntoutoume Ayi s’oppose frontalement à toute tentative de rétablissement de la peine capitale au Gabon. Dans une série de publications, il interroge son efficacité réelle et alerte sur les dérives autoritaires qu’elle charrie.

La question du rétablissement de la peine de mort continue de diviser l’opinion publique gabonaise. Alors que certains cercles politiques agitent cette option comme réponse aux crimes de sang qui choquent régulièrement le pays, des voix s’élèvent pour en démonter les ressorts. Parmi elles, celle de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, député du 2ᵉ siège de la commune d’Akanda et vice-président de l’Union nationale, s’est exprimée avec force sur les réseaux sociaux, le 8 janvier 2025.

Dans une interpellation directe, l’élu pose une question centrale : « À quoi servirait la peine de mort si les coupables et les commanditaires ne sont jamais arrêtés ? » Une interrogation qui, au-delà de la formule, met en lumière une faille structurelle du débat. Pour Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, le cœur du problème n’est pas l’échelle des peines, mais l’incapacité persistante de l’État à identifier, poursuivre et juger efficacement les auteurs de crimes graves.

Une efficacité jamais démontrée

Poursuivant son raisonnement, le parlementaire va plus loin et met au défi les partisans de la peine capitale : « Existe-t-il un pays au monde où la peine de mort a fait baisser la criminalité ? Si oui, lequel ? » En creux, il rappelle un constat largement documenté par les études criminologiques internationales : aucune corrélation avérée n’a jamais été établie entre l’existence de la peine de mort et la baisse durable de la criminalité violente. Dans ce contexte, ériger la peine capitale en solution relèverait davantage, selon lui, d’un réflexe émotionnel ou populiste que d’une politique pénale rationnelle et efficace.

« L’expression légale de la barbarie humaine »

Sur le plan éthique, la position du député est sans ambiguïté. « La peine de mort est l’expression légale de la barbarie humaine », affirme-t-il, assumant une critique de fond qui dépasse le seul cadre gabonais. En convoquant la célèbre citation de Robert Badinter, prononcée le 17 septembre 1981 lors du débat sur l’abolition en France, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi inscrit son propos dans une tradition universaliste de défense des droits humains.

« Partout, dans le monde, et sans aucune exception, où triomphent la dictature et le mépris des droits de l’homme, vous y trouvez inscrite, en caractères sanglants, la peine de mort », rappelait alors Badinter. Une mise en garde que le député gabonais reprend à son compte, y voyant le risque d’un recul démocratique et d’un durcissement autoritaire sous couvert de lutte contre l’insécurité.

Un débat qui renvoie à l’État de droit

Au fond, la prise de position de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi replace le débat sur son véritable terrain : celui de l’État de droit. Pour lutter efficacement contre les crimes de sang, plaide-t-il implicitement, le Gabon doit d’abord renforcer ses capacités d’enquête, garantir l’indépendance de la justice, protéger les droits fondamentaux et mettre fin à l’impunité, y compris pour les commanditaires.

À défaut, brandir la peine de mort ne serait qu’un écran de fumée. Une réponse spectaculaire, mais vaine, à des défaillances institutionnelles profondes que seule une réforme sérieuse de la chaîne pénale peut corriger.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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