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Gabon : la peine de mort, symptôme d’un populisme pénal selon Fred Aurèle Zehou Moussok 

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La proposition de rétablissement de la peine de mort au Gabon relance un débat sensible, à la fois juridique, politique et moral. Dans une tribune publiée le 9 janvier 2026, l’analyste Fred Aurèle Zehou Moussok dénonce une dérive populiste et met en garde contre les risques d’un retour du terrorisme politique, au moment où la Ve République gabonaise est encore en phase de consolidation.

La question de la peine de mort s’invite de nouveau dans le débat public gabonais. Alors que le pays a aboli la peine capitale sous la IVe République et ratifié plusieurs traités internationaux consacrant le droit à la vie, l’évocation de son rétablissement par le nouveau pouvoir suscite de vives réactions. Pour Fred Zehou Moussok, cette orientation marque moins une réponse rationnelle à la criminalité qu’un signal politique inquiétant.

Dans sa déclaration, l’analyste établit un parallèle saisissant entre les trajectoires institutionnelles française et gabonaise. Là où la Ve République française, sous François Mitterrand, a inscrit l’abolition de la peine de mort comme un progrès démocratique majeur, la Ve République gabonaise s’apprêterait, selon lui, à emprunter un chemin inverse, celui d’une régression juridique et morale.

Une diversion politique face à l’urgence sécuritaire

Pour Fred Zehou Moussok, relancer aujourd’hui le débat sur la peine de mort relève avant tout d’une stratégie de diversion. À ses yeux, cette thématique détourne l’attention des véritables défis de l’action publique : l’efficacité de la police, la crédibilité de la justice et la lutte structurelle contre l’insécurité. Il estime que le pouvoir, en quête de légitimité et de résultats visibles, choisit une voie symbolique forte mais inefficace.

L’argument de la dissuasion est également battu en brèche. « Lorsque l’on m’aura apporté la preuve irréfutable que la peine de mort dissuade la criminalité et qu’elle est infaillible face à l’erreur judiciaire, je serai le premier à la défendre », écrit-il. Une position qui rappelle que l’irréversibilité de la sanction rend toute erreur judiciaire dramatique et définitive.

Un verrou juridique difficile à contourner

Au-delà de la dimension morale, la tribune souligne les obstacles juridiques majeurs. Le Gabon a ratifié des conventions internationales qui consacrent l’abolition de la peine de mort et interdisent son rétablissement. Toute loi nationale allant dans ce sens serait donc, selon l’auteur, frappée d’incompatibilité avec les engagements internationaux du pays.

Même l’hypothèse d’une révision constitutionnelle poserait problème. Le droit à la vie est consacré par l’article 11 de la Constitution en vigueur, ce qui créerait un conflit juridique majeur. Pour Fred Zehou Moussok, le débat révèle ainsi une légèreté inquiétante dans l’approche normative d’un sujet aussi grave.

Le risque d’un retour du terrorisme politique

L’aspect le plus alarmant de la déclaration concerne les implications politiques. Sous couvert de lutte contre les crimes rituels et les violences extrêmes, le rétablissement de la peine de mort pourrait, selon l’auteur, ouvrir la voie à des abus. Il redoute que cette arme pénale ultime ne serve à terme à bâillonner la contestation, voire à éliminer des opposants et des activistes.

« Pour faire reculer le nombre de morts, il faudrait augmenter le nombre de morts tués par l’État », ironise-t-il, pointant une contradiction fondamentale. Derrière le discours sécuritaire, il voit poindre le spectre d’un terrorisme politique, incompatible avec les promesses de rupture et de renouveau portées par la Ve République.

Sécurité : des réponses structurelles plutôt que symboliques

En conclusion, Fred Zehou Moussok plaide pour une autre approche de la lutte contre la criminalité. Selon lui, la sécurité ne se décrète pas par des symboles punitifs, mais se construit par une philosophie pénale claire, des moyens adéquats pour la police et la justice, et une stratégie cohérente de prévention et de répression.

À ses yeux, le débat sur la peine de mort révèle moins une solution qu’un malaise : celui d’un pouvoir tenté par le populisme pénal au lieu d’affronter, avec rigueur et méthode, les causes profondes de l’insécurité. Un choix lourd de conséquences pour un pays encore en quête d’équilibre institutionnel et démocratique.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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