Gabon : Ministres désormais sous contrat, la fin de l’irresponsabilité politique

En instaurant des contrats de performance ministériels, le président Brice Clotaire Oligui Nguema introduit une rupture nette avec les pratiques politiques qui ont longtemps dilué la responsabilité au sommet de l’État. Désormais, gouverner ne relève plus d’un statut, mais d’un engagement mesurable. Une réforme silencieuse, mais potentiellement révolutionnaire pour la gouvernance gabonaise.
L’annonce est passée presque inaperçue dans le flot des décisions du premier Conseil des ministres de la Ve République. Pourtant, elle marque un tournant profond : chaque ministre devra désormais signer un contrat de performance, assorti d’objectifs clairs, d’indicateurs mesurables et de délais vérifiables. Une logique de résultat qui rompt avec des décennies de culture administrative fondée sur la présence, les moyens et l’excuse permanente.
Dans cette nouvelle architecture, le ministre n’est plus seulement un acteur politique, mais un gestionnaire sous obligation de résultats. Il ne suffit plus d’annoncer, d’inaugurer ou de communiquer. Il faut exécuter, livrer et rendre compte. À défaut, l’échec ne sera plus collectif ou abstrait : il deviendra nominatif.
Le contrat comme arme politique indirecte
Derrière l’outil technocratique se dessine une arme politique redoutable. Le contrat de performance agit comme un mécanisme de sélection silencieuse. Il ne sanctionne pas par le scandale ou la mise en cause publique, mais par les faits. Les chiffres, les rapports d’exécution et les évaluations périodiques parleront d’eux-mêmes.
Cette méthode réduit considérablement les marges de manœuvre des ministres enclins à se réfugier derrière les lenteurs administratives ou l’héritage du passé. Elle met également fin à une irresponsabilité politique chronique, où l’échec d’un département ne coûtait jamais vraiment à son titulaire.
Une Ve République sous tension permanente
Avec cette exigence, le Chef de l’État place l’Exécutif sous une pression continue. Les cent premiers jours deviennent un test grandeur nature. Les soixante jours suivants, un examen de crédibilité. Et la durée du mandat, une épreuve de constance.
Reste une question centrale : cette logique sera-t-elle appliquée sans exception ? La crédibilité de la réforme dépendra de sa mise en œuvre effective, y compris lorsque les résultats ne seront pas au rendez-vous. Si tel est le cas, alors le contrat de performance pourrait bien marquer la fin d’un cycle politique où gouverner sans rendre de comptes était la norme. Avec la Ve République, le message est clair : le temps de l’irresponsabilité politique est clos.









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