Gabon : Marcelle Ibinga à l’épreuve de l’affaire Ogowet Siffon au ministère du Tourisme
Héritière d’un département fragilisé par un scandale financier retentissant et une chute budgétaire drastique, la nouvelle ministre du Tourisme durable et de l’Artisanat, Marcelle Ibinga épse Itsitsa, joue gros. Son premier Comité de direction, tenu le 12 janvier 2026, marque l’ouverture d’un mandat placé sous le signe de la rigueur, de la transparence et de la reconstruction, après l’affaire Ogowet Siffon qui a profondément ébranlé la crédibilité du ministère.
Un ministère sous surveillance après un séisme judiciaire. Le contexte est lourd. L’incarcération préventive de l’ancienne équipe ministérielle dirigée par Pascal Ogowet Siffon, à la suite d’un supposé détournement de près de 10 milliards de FCFA, a laissé un ministère sous le choc, exposé à la défiance publique et au soupçon permanent.
C’est dans ce climat de défiance que Marcelle Ibinga prend ses fonctions. Dès son premier CODIR, la ministre a donné le ton : fin des pratiques opaques, priorité à la coordination interne et à une culture de résultats. Un message clair, adressé à des services sommés de rompre avec les dérives du passé.
Rétablir l’autorité administrative et la discipline interne
Au cœur des échanges du CODIR figurait la feuille de route présidentielle définie par Brice Clotaire Oligui Nguema. La ministre a insisté sur la responsabilité collective des directions et services, appelant à une meilleure planification, au respect strict des délais et à une communication fluide entre entités.
Cette méthode tranche avec les errements ayant conduit au scandale. Dès le 7 janvier, la ministre avait d’ailleurs amorcé une série de rencontres stratégiques, recevant notamment la secrétaire générale Liliane Ngari, en présence de l’Inspection générale des services, pour établir un état des lieux précis des ressources humaines, des procédures et des priorités techniques. Objectif : reprendre le contrôle d’une administration fragilisée et refermer la parenthèse d’une gouvernance défaillante.
Un budget amputé, des marges de manœuvre réduites
L’autre épreuve majeure du mandat Ibinga est budgétaire. Pour 2026, le ministère du Tourisme voit ses crédits fondre de près de 60 %, passant d’environ 78 milliards FCFA à 38 milliards FCFA. Une contraction sévère, directement liée aux enquêtes en cours et à la volonté de l’État de resserrer la vis sur les dépenses d’investissement.
Dans ce contexte, la nouvelle doctrine est assumée : finaliser les infrastructures clés déjà engagées — musées, sites touristiques, lodges — et mettre un terme aux projets dispendieux. Place à l’achèvement et à la mise en exploitation progressive, plutôt qu’à la multiplication de chantiers sans débouchés clairs.
Reconstruire la crédibilité du tourisme gabonais
Plus qu’un simple redressement administratif, Marcelle Ibinga est confrontée à un enjeu politique : restaurer la crédibilité d’un ministère discrédité par les soupçons de mauvaise gestion. Chaque décision sera scrutée, chaque engagement mesuré à l’aune de l’affaire Ogowet Siffon.
À l’heure des budgets contraints et des exigences de redevabilité, le ministère du Tourisme devient un laboratoire de la nouvelle gouvernance prônée par l’exécutif. Pour la ministre, l’équation est simple mais exigeante : prouver que le tourisme peut redevenir un levier de développement sans être un gouffre financier.
Dans ce ministère marqué au fer rouge par un scandale, Marcelle Ibinga n’a pas droit à l’erreur.








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