Gabon : Lutte contre la corruption, la justice désormais sous surveillance
En appelant à une lutte ferme et assumée contre la corruption, y compris au sein de l’appareil judiciaire, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a franchi un seuil politique majeur. Lors du premier Conseil des ministres de la Ve République, le Chef de l’État a envoyé un signal sans ambiguïté : la justice n’est plus un sanctuaire intouchable. Elle est désormais sommée de se conformer aux exigences de probité, de performance et de redevabilité qui s’imposent à l’ensemble de l’action publique.
L’intervention présidentielle n’avait rien d’anodin. En ciblant explicitement le secteur judiciaire, le Chef de l’État a mis en lumière un malaise ancien, longtemps murmuré mais rarement assumé au sommet de l’État. Aux yeux de nombreux Gabonais, la corruption judiciaire constitue l’un des principaux facteurs d’érosion de la confiance dans les institutions, alimentant un sentiment d’injustice, d’impunité et d’arbitraire.
Une rupture avec les silences du passé
Sous les régimes précédents, la justice était souvent présentée comme indépendante dans le discours, mais abandonnée dans les faits à des pratiques opaques : lenteur des procédures, décisions contradictoires, soupçons de marchandage judiciaire. En décidant de nommer la corruption judiciaire comme un problème politique à part entière, le président Oligui Nguema rompt avec une tradition de prudence, voire de complaisance institutionnelle.
Le message est clair : l’indépendance de la justice ne saurait servir de paravent à l’irresponsabilité. Elle implique au contraire une exemplarité renforcée, au nom de l’intérêt général.
Une reprise en main assumée de l’État
L’appel présidentiel s’inscrit dans une logique plus large de restauration de l’autorité de l’État. En Ve République, la lutte contre la corruption n’est plus cantonnée à des slogans ou à des opérations ponctuelles. Elle devient un axe structurant de gouvernance, adossé à la redevabilité et à la culture du résultat.
Dans cette architecture, la justice occupe une place stratégique. Elle est à la fois l’outil de sanction des dérives et un secteur qui doit lui-même être assaini. Cette double exigence place les magistrats et les acteurs judiciaires face à une responsabilité inédite : rendre la justice au nom du peuple, mais aussi sous le regard attentif de l’État et de l’opinion.
Une ligne de crête institutionnelle
Cette surveillance politique, si elle est assumée, pose néanmoins une question sensible : comment concilier indépendance judiciaire et exigence de probité ? Le Chef de l’État semble avoir tranché en faveur d’un équilibre nouveau, où l’autonomie des décisions n’exclut ni le contrôle des pratiques ni la sanction des dérives.
À travers cette posture, Brice Clotaire Oligui Nguema engage la Ve République sur une ligne de crête exigeante. La crédibilité de l’État, a-t-il rappelé en filigrane, se jouera aussi dans sa capacité à faire de la justice non plus un angle mort de la réforme, mais l’un de ses piliers.









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