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Gabon : l’urgence d’assainir les contrôles routiers

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Les dérives observées lors des contrôles routiers ne relèvent plus de simples écarts de conduite, mais d’une véritable crise de légalité. La sortie du Procureur général, le 15 janvier 2026, met à nu des pratiques illégales et humiliantes. Face à cette gangrène, l’État est désormais sommé d’appliquer la loi dans toute sa rigueur : sanctions disciplinaires, radiations, poursuites pénales et saisies des biens issus des abus.

Il aura fallu une prise de parole ferme du Procureur général pour dire tout haut ce que les usagers subissent au quotidien. Contrôles improvisés, agents sans courtoisie, absence de signalisation réglementaire, interpellations à la voix ou au papier brandi, sans sifflet ni geste clair : autant de pratiques dénoncées publiquement, et surtout contraires aux règles élémentaires de police judiciaire.

Le constat est accablant. Des postes de contrôle sans panneaux « Ralentir police » ou « Stop police », des agents parfois en état d’ébriété, des barrières ouvertes par des civils non habilités, des exigences illégales de documents : le tableau décrit par le haut magistrat révèle une dérive systémique. Plus grave encore, l’exigence abusive de l’original de la carte nationale d’identité, alors même que le défaut de présentation de la CNI n’est pas une infraction, constitue une violation manifeste des droits des citoyens.

L’illégalité devenue routine

Ces pratiques n’ont rien d’anodin. Elles traduisent une méconnaissance – ou un mépris – des textes en vigueur. L’absence des fiches d’identification réglementaires lors des contrôles, pourtant prévues dans les fichiers de la Brigade et de la Brigade des recherches, en est une illustration supplémentaire. À cela s’ajoute la confusion entretenue autour des licences de transport, pénalisant abusivement les transporteurs et favorisant l’arbitraire.

À force d’être tolérées, ces dérives ont installé un climat de défiance généralisée. Le contrôle routier, censé garantir la sécurité publique, est devenu pour beaucoup un espace de prédation, où l’autorité se confond avec l’abus.

Sanctionner pour restaurer l’autorité

Le temps des rappels à l’ordre est révolu. La loi prévoit des mesures claires : sanctions disciplinaires lourdes, suspensions, radiations, poursuites pénales pour extorsion et concussion, saisies des biens issus des pratiques illégales. Ne pas les appliquer, c’est institutionnaliser l’impunité.

Assainir les opérations de contrôle exige une réponse ferme et visible. L’exemplarité doit commencer par ceux qui portent l’uniforme. Car l’autorité ne se proclame pas : elle se mérite par le respect strict du droit.

Restaurer la confiance, maintenant

La sortie du Procureur général ouvre une fenêtre d’opportunité. Encore faut-il la saisir. Sans sanctions effectives, les discours resteront lettre morte. Pour résorber cette gangrène, l’État doit frapper juste, frapper fort et frapper vite. À ce prix seulement, les contrôles routiers redeviendront ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être : un service public au service du citoyen, et non une zone de non-droit.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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